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« A vif ». Quand le rap conscient de Kery James s’invite au théâtre

26 janvier 2017
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« A vif ». Quand le rap conscient de Kery James s’invite au théâtre

« L’État est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues? » Voici le sujet du concours d’art oratoire proposé par la prestigieuse École Française du Barreau, sur lequel s’affrontent deux élèves-avocats.

D’un côté, Yann Jaraudière, jeune « blanc » issu d’un milieu plutôt aisé ; de l’autre, Souleymane Traoré, originaire d’une famille modeste de la banlieue sud de Paris et qui a su, grâce à l’école républicaine, gravir les échelons pour se construire une place au sein de l’élite.

A la question posée, ce dernier répond par la négative, arguant un refus catégorique de la victimisation qu’il considère comme facteur d’immobilisme. Tandis que pour le second, l’État est bel et bien responsable de la situation des banlieues, par la concentration intentionnelle de populations cumulant les difficultés et faiblement dotés de services publics, qui les conduirait ainsi inéluctablement à l’exclusion, engendrant notamment chômage, insécurité et économie illicite.

Durant plus d’une heure, nos deux futurs avocats se livrent ainsi à une joute oratoire passionnante, débattent autour des notions de responsabilité, d’égalité des opportunités, d’accès à la réussite différenciée, citant Pierre Bourdieu, référence reconnue en matière de sociologie du déterminisme social. Déterminisme social incarné par les protagonistes : Yann Jaraudière ayant suivi la voie prestigieuse à laquelle il semblait destiné, Souleymane Traoré s’étant lui battu pour échapper aux deux voies proposées par la rue, « la mort ou la prison ».

Sincère empathie ou paternalisme inconscient ?

De ces trajectoires personnelles inverses résulte une difficile prise de hauteur objective sur la question posée. Au fur et à mesure de la joute oratoire, les deux parties dévoilent progressivement – et malgré eux – leurs préjugés respectifs sur l’Autre, illustrant ainsi que nulle prise de positions n’est dénuée d’idées préconçues.

Être issu d’un milieu aisé discrédite-t-il le regard bienveillant porté par Yann Jaraudière sur les quartiers ? Faut-il nécessairement avoir été confronté à une situation pour en exprimer une opinion objective ? Pour Souleymane Traoré,

Réciproquement, le parcours de Souleymane Traoré ne l’induirait inconsciemment pas à occulter l’échec du plus grand nombre, tel l’arbre qui cacherait la forêt ?

Loin d’une vision manichéenne, ces questionnements successifs nous invitent à nous interroger constamment sur la légitimité, octroyée ou non, à la prise de position d’une personne en fonction de ces critères subjectifs ; ici, l’appartenance à tel milieu social voire groupe ethnique.

Ainsi, quelle distance garder si l’on souhaite défendre les intérêts d’un autre groupe, sans pour autant prendre la parole à la place de ce groupe en question ?

« Ils défendent leurs intérêts, éludent nos problèmes

Mais une question reste en suspens, qu’a-t-on fait pour nous même ?

On n’est pas condamnés à l’échec

Pour nous c’est dur, mais ça ne doit pas devenir un prétexte

Si le savoir est une arme, soyons armés, car sans lui nous sommes désarmés »


« Banlieusards », Kery James

Bien que parfois véhément, le débat demeure surtout poétique, teinté d’humour et, bien sûr, de quelques passages de rap. C’est d’ailleurs cette rencontre inédite, entre rap conscient et théâtre, qui fait la grandeur de la pièce. Ces deux arts, de même que leurs publics respectifs, se confondent en effet rarement. Or, comme l’illustre si bien la pièce, l’altérité est justement facteur d’enrichissement et de développement de l’esprit critique.

« Ne manque pas le train »

La plaidoirie s’inscrit dans le cadre du prochain film « Ne manque pas le train » de Kery James, dont la sortie est prévue à l’été 2017. Il s’agit de l’histoire de trois frères, originaires de banlieue, le cadet, Souleymane, brillant élève-avocat, l’aîné, Demba, qui, lui, a choisi le trafic illicite, et Noumouké, le benjamin de la fratrie, hésite entre les voies à suivre.

« Il est temps que la deuxième France s’éveille

J’ai envie d’être plus direct, il est temps qu’on fasse de l’oseille

C’que la France ne nous donne pas on va lui prendre

J’veux pas brûler des voitures, mais en construire, puis en vendre

Si on est livré à nous-même, le combat faut qu’on le livre nous même

Il ne suffit pas de chanter « regarde comme ils nous malmènent » !

Il faut que tu apprennes, que tu comprennes et que t’entreprennes »

La pièce, au théâtre du Rond-point jusqu’au 28 janvier, affiche complet tous les soirs. Une tournée dont toute la France (banlieues comprises) est prévue prochainement.

Un spectacle de Kery James, mise en scène par Jean-Pierre Baro, avec : Kery James (Souleymane Traoré), Yannik Landrein (Yann Jaraudière).

Pour organiser une représentation dans votre ville, contacter la boîte de production Asterios

Sarah Adel

 

2 Comments

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