eco&politique
1

Communication d’E.Macron : « Il faut une intervention lourde »

4 octobre 2018
944 Views
0 Commentaires
5 minutes read
Communication d’E.Macron : « Il faut une intervention lourde »

#EXCLU

Philippe J. Maarek, professeur et spécialiste de communication politique à l’UPEC*. Il commente les ratés de la communication d’Emmanuel Macron. Un président de la République qui peine à trouver le bon positionnement. 

 

Q: En tant qu’expert de la communication politique, que vous inspire la dernière photo d’Emmanuel Macron, entouré de deux jeunes hommes, à Saint Martin ?

R: C’est une nouvelle indication du fait que la communication d’Emmanuel Macron n’est pas maitrisée.

On se trouve dans un “entre-deux” peu clair, un positionnement quasi-antagoniste, avec d’un côté, le président jupitérien des débuts, et de l’autre, un président qui se veut maintenant proche du peuple.

Le problème est que la communication du président n’arrive pas à se décider entre ces deux positionnements et passe de plus en plus souvent et très brusquement de l’un à l’autre : le discours jupitérien à l’ONU est suivi par les effusions avec les jeunes de Saint-Martin; l’annonce d’une nouvelle réforme est parasitée par le “traverse la rue”; etc.

Q: N’est-il pas possible de trouver l’équilibre entre ces deux stratégies ?

R: Il y a presque une incompatibilité entre la posture jupitérienne et celle qui mise sur la proximité populaire, et la communication du Président n’arrive visiblement pas à la surmonter.

Son image initiale bien conçue et menée de Jupiter colle à son mandat ne fonctionne pas avec l’envie de spontanéité qu’il a pu manifester depuis – envie spontanée ou pas, là n’est pas la question.

Q: Spontanéité, agitation. N’y a-t-il pas un peu de Nicolas Sarkozy chez Emmanuel Macron ?

R: Par rapport à Nicolas Sarkozy, c‘est un peu différent.

Chez ce dernier, les moments de polémique ont souvent correspondu à des séquences involontaires. Il ne les a pas provoquées.

Elles sont survenues pour la plupart sans volonté délibérée de sa part, comme pour le « casse-toi pauvre con » en réponse à une insulte lors d’une visite au salon de l’agriculture en 2008 et filmé par hasard, puis repris sur les réseaux sociaux.

Chez Emmanuel Macron, c’est différent. Ces moments sont recherchés, et même volontairement rendus publics, comme pour « le pognon” –  au grand dam ultérieur des communicants du Président qui croyaient que cela allait lui être bénéfique.

En effet, ces moments de « familiarités » ne fonctionnent pas avec Emmanuel Macron, ils sont trop éloignés de son image jupitérienne, et au contraire rappellent que beaucoup le voient plutôt en « président des riches », entre la disparition de l’ISF et les pertes de revenus sciemment infligées aux retraités et publiquement revendiquées.

Q: Quelle conséquence ce problème de positionnement peut-il avoir sur la fin de son mandat, voire sur une éventuelle candidature en 2022 ?

R: C’est un peu tôt pour le dire. Une chose est sûre. Le problème risque de se cristalliser lors des prochaines élections européennes.

Il semble donc urgent de revoir le positionnement d’Emmanuel Macron, sans doute de reprendre la question de sa communication à zéro.

A tanguer entre président des riches et président des pauvres, ils se décrédibilise comme il l’a fait à Saint Martin. C’est dommage car il a un atout clé initial, l’image d’un homme d’action.

Propos recueillis par Nadia Henni-Moulaï

*Philippe J. Maarek est auteur de plusieurs ouvrages dont “Communication et Marketing de l’Homme Politique”, LexisNexis, 4e éd., 2014.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.