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« François Fillon et Marine Le Pen s’enfoncent un peu plus dans leur délire populiste. Emmanuel Macron en profite »

10 mars 2017
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« François Fillon et Marine Le Pen s’enfoncent un peu plus dans leur délire populiste. Emmanuel Macron en profite »

Le fait que Fillon agisse aussi maintenant comme un fou adepte de la théorie du complot a une signification très importante car cela montre que les prétendants à la présidence de la République sont en train de glisser dans un gouffre fantaisiste à la Donald Trump. Analyse de Nabila Ramdani, éditorialiste en Grande-Bretagne.

Nabila RamdaniC’est une foule en colère qui s’est rassemblée à Paris dimanche 5 mars pour protester contre la magistrature et la police judiciaire. A l’instar de toutes les manifestations anti-pouvoir, celle-là était susceptible de dégénérer en l’espace de quelques instants, et, comme de coutume, les autorités n’ont pas voulu compromettre la sûreté publique : elles ont fait bloquer le périmètre par des rangées de CRS portant des gilets pare-balles et brandissant boucliers, matraques et armes à feu.

Ce qui, en revanche, a rendu ce rassemblement potentiellement explosif totalement inédit, c’est qu’il a été organisé en soutien au candidat à l’élection présidentielle, François Fillon – un conservateur inflexible autrefois réputé pour ses opinions réactionnaires sur tout, y compris le respect de la loi et de l’ordre public.

Ceux présents sur la Place du Trocadéro dimanche dernier étaient venus exprimer leur vif mécontentement contre ce que Fillon a appelé son « assassinat politique ». En effet, il soupçonne certaines forces obscures de s’allier en vue de mener un « coup d’état institutionnel » contre sa personne.

« Je ne vois pas de raisons de me retirer », François Fillon sur France, le 5 mars 2017.
Selon lui, 200 000 personnes se seraient déplacés au Trocadéro le même après-midi.
Des chiffres gonflés selon les journalistes sur place qui parlent de 30 à 35 000 personnes.

Parmi ces ennemis présumés, on compte les juges d’instruction qui l’ont convoqué ainsi que son épouse britannique, Penelope Fillon, pour les inculper d’une série de crimes, notamment pour détournement de fonds publics dont la peine peut aller jusqu’à 10 ans de prison. Le couple aurait utilisé une fraude à l’emploi fictif afin de remplir les caisses familiales à hauteur de plus d’un million d’euros immérités.

Jusqu’à fin janvier, Fillon, le candidat du parti d’opposition Les Républicains, était incontestablement le favori pour devenir chef d’état au mois de mai prochain. Il s’était posé en réformateur à la manière de Margaret Thatcher, prêt à gouverner avec une probité absolue tout en libéralisant l’économie stagnante de son pays.

A l’époque, l’idée que ce fervent catholique propriétaire d’un domaine rural de taille non négligeable soit impliqué de près ou de loin dans des manifestations de rue aurait alors été inconcevable. Il en est autrement aujourd’hui où cela caractérise parfaitement la chute désespérée de la droite française dans le populisme « antisystème ».

Les allégations de corruption ont tendance à faire ressortir ce qu’il y a de pire chez les politiciens, comme nous le constatons régulièrement avec Marine Le Pen, l’autre candidate à la présidentielle soupçonnée de crimes très sérieux.

En plus d’être accusée d’avoir fait attribuer plus d’une vingtaine d’emplois fictifs à ses proches au sein du Parlement Européen en vue d’en extorquer l’argent des contribuables, le parquet en France veut aussi mettre en cause la dirigeante du Front National pour avoir diffusé des images violentes sur Twitter, notamment la photo d’un journaliste américain décapité. Une mise en examen semble imminente.

Typiquement, Marine Le Pen aborde ces poursuites judiciaires de la même manière impétueuse que son père, Jean-Marie Le Pen.

Ce dernier a été reconnu coupable de racisme et d’antisémitisme et demeure président d’honneur du parti d’extrême droite du Front National mais aussi membre du Parlement européen.

Marine Le Pen grogne et prétend qu’il s’agit d’un complot orchestré par le système dans le but d’empêcher sa famille d’accéder au Palais de l’Élysée. La supercherie étant qu’un clan extrêmement riche qui a construit sa carrière et sa fortune en exploitant les institutions politiques peut rendre responsables ces mêmes institutions pour tout ce qui ne lui convient pas.

Sans le Parlement européen, Marine Le Pen ne serait rien. En dépit de ses tentatives répétées depuis 1993, elle n’a jamais été capable de remporter un siège à l’Assemblée Nationale.

Lorsque les convocations de la police judiciaire ont commencé à arriver à l’une de ses quatre résidences en France, elle a immédiatement joué la carte de l’immunité, accordée grâce à son statut d’eurodéputée.

Même lorsque le Parlement de l’Union européenne a voté la levée de son immunité parlementaire jeudi 2 mars, Marine Le Pen a continué sa diatribe à l’encontre des magistrats dans son pays.

C’est ainsi que cette grande nationaliste française – qui s’est autoproclamée défenseur du peuple gaulois – a de nouveau souhaité bénéficier du privilège supranational pour essayer d’échapper aux conséquences de ses agissements douteux sur son propre territoire.

C’est ce genre d’hypocrisie sordide qui définit actuellement la droite en France. Aussi bien Le Pen que Fillon projettent l’image de mégalomanes avides qui manipulent le système au gré de leurs intérêts personnels tirant toujours plus leurs partis respectifs vers les bas fonds de la politique de caniveau.

Évidemment, les militants frontistes n’ont que faire de tout cela et éliraient une truie à l’Élysée si cette dernière arborait leur cocarde de campagne bleue.

Mais le fait que Fillon lui aussi agisse comme un fou adepte de la théorie du complot a une signification très importante car cela montre que les prétendants à la présidence de la République française sont en train de glisser dans un gouffre fantaisiste à la Donald Trump. Cela fait honte à un pays comme la France qui s’est construit sur la base de grands principes moraux incluant le respect de la loi.

Dans de telles circonstances, ce sont les candidats raisonnables et mesurés qui vont s’épanouir, et c’est exactement ce que fait l’indépendant Emmanuel Macron. Il met en avant sa vision pour la France d’une façon qui séduit des sympathisants de plus en plus nombreux à gauche comme à droite. Lorsqu’il a dévoilé son programme la semaine dernière, il l’a fait sans prétention.


Emmanuel Macron : ce que propose son « Contrat avec la Nation
jeudi 2 mars 2017/ France 2

Avec le candidat socialiste Benoît Hamon qui semble plutôt faire de la figuration, tout porte à croire que la course se jouera entre la droite et Macron. La préoccupation majeure étant de savoir quel courant prendra le dessus : celui de l’extrême droite ou du conservatisme modéré. La bonne nouvelle est que plusieurs alternatives s’offrent aux électeurs français afin d’esquiver une démence trumpienne. En rejetant les magouilles de Fillon et de Le Pen, non seulement ils contribueront à remettre leur pays sur les rails mais ils enverront aussi un message au reste du monde démontrant que les opportunistes aux discours extrémistes ne sont pas les seuls capables de gagner des élections de nos jours.

Article original de Nabila Ramdani paru dans The Independent

traduit de l’anglais par Sofia Benhra Alahiane/ @EthicWord

One Comment

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