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La fusillade de Beaune a-t-elle souffert d’un manque de médiatisation ?

8 août 2018
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La fusillade de Beaune a-t-elle souffert d’un manque de médiatisation ?

Une attaque au fusil de chasse fait 7 blessés à Beaune (Côte d’Or), près de Dijon, dans la nuit de dimanche à lundi 30 juillet 2018. Pour les victimes de l’agression, il s’agit clairement d’un acte raciste. Face à la gravité des faits, des citoyens dénoncent le traitement médiatique et l’absence de condamnation politique officielle. 

  • Les faits

Des Beaunois de 20 à 26 ans ont été blessés par des coups de fusil de chasse. Sur la quinzaine de jeunes, 7 ont été touchés par des impacts de plomb, dont deux grièvement (ndlr : ces deux-là sont toujours hospitalisés à ce jour, des organes vitaux ayant été touchés).

Trois heures avant l’attaque, un premier véhicule avait foncé sur le groupe de jeunes. Ils jouaient à la console de jeux, dans le quartier Saint-Jacques, situé dans le sud de la ville.

Ils pensent alors à un acte isolé, peut-être dû à l’alcool.

À 4h30 du matin, un autre véhicule revient sur les lieux. Le conducteur et au moins un passager sont à bord.

Ce dernier sort un fusil de chasse de petit calibre et tire à quatre reprises. Les coups de feu blessent 7 individus : 6 d’entre eux sont admis à l’hôpital de Beaune. La victime plus sérieusement touchée est transférée au CHU de Dijon.

 

  • Qui a relayé l’info ?

La fusillade a été relayée par la presse. France 3 Régions a d’abord réalisé un premier reportage (cf. vidéo ci-dessous). 

Des médias régionaux Le Bien Public, Le Journal de Saône-et-Loire, et d’autres nationaux tels que MediapartLe Monde, Libération ont également rapporté les faits.

Pour les chaînes d’information en continu, habituées aux éditions spéciales lors de ce type d’évènements, le format très ramassé de la brève est privilégié. 200 signes tout au plus.

Certains internautes ont qualifié cette couverture de  « service minimum », choqués que cette attaque puisse être seulement considérée comme un « fait divers ».

  • Moins vendeur que #KaarisVSBooba

Comparons avec un « événement » ayant eu lieu le mercredi 1er août 2018. La rixe de deux rappeurs dénommés « Booba » et « Kaaris », à l’aéroport d’Orly.

La bagarre a fait la Une de tous les médias français (et a une nouvelle fois offert à la France un rayonnement international). Une surmédiatisation par les médias mainstream, le jour J, mais pas seulement.

Experts en tous genres sollicités dont une philosophe spécialiste du rap, volonté de produire des « analyses »… La couverture médiatique coule jusqu’à aujourd’hui avec les suites du procès en comparution immédiate et le placement en détention des deux artistes prodigues. Un feuilleton, dont l’intérêt reste discutable, et qui dans les faits, n’a pas généré autant de blessés qu’à Beaune.

Alors pourquoi autant d’attention des « grands » médias ? L’une des réponses réside dans la concentration actuelle de la presse. Les choix éditoriaux répondent à une logique économique. Il faut faire du chiffre. Les clés pour y parvenir : buzz, sensationnalisme, polémique.

  • Acte raciste VS règlement de compte

Les victimes de l’agression n’auraient pas reconnu leurs agresseurs. Pour elles, il s’agit bel et bien d’un acte raciste. Et elles excluent la piste d’un règlement de compte.

Des insultes à caractère racistes auraient été proférées par les assaillants lors de l’attaque. Cette version a été rapportée par un proche des victimes présent au moment des faits.

«Il ne s’agit pas d’un règlement de compte, ce sont des racistes. Ils sont arrivés en criant « Sales bougnouls, rentrez chez vous », a-t-il déclaré au média Bien public. 

Une piste également relatée par les victimes elles-mêmes et d’autres témoins.

De son côté, l’association SOS Racisme fustige le « traitement judiciaire et médiatique » de ces événements.

« Alors que nous étions confrontés à des faits d’une exceptionnelle gravité agrémentés de propos racistes, la justice, par la voix du Procureur, a clairement privilégié dans un premier temps la piste du « règlement de compte » que rien ne vient pourtant attester », ont-ils déclaré dans un communiqué.

  • L’enquête en cours

L’enquête a été confiée conjointement à la police judiciaire de Dijon et au commissariat de Beaune.

Des prélèvements ont été effectués sur place dès le lundi suivant l’attaque.

Les bandes de vidéo-surveillance devaient être exploitées pour tenter d’identifier les véhicules et leurs occupants. Les victimes ont également été entendues par les enquêteurs.

  • Sur les réseaux sociaux, un soutien citoyen s’organise

Sur Facebook, une page a été ouverte Soutien aux victimes de la fusillade de Beaune. La créatrice y donne régulièrement des nouvelles des blessés.

 

Cette page réunit près de 3450 internautes, à ce jour (7 août 2018).

Compte tenu de la gravité et de cette attaque au fusil de chasse, beaucoup dénonce le manque de réactions de la part des autorités.

Aucune « condamnation officielle » n’a été communiquée par le gouvernement.  À ce jour, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb ne s’est pas exprimé sur le sujet. Et aucun autres membres du gouvernement n’a pris le temps, ne serait-ce que de consacrer un « tweet » au sort des victimes.

Sarah Hamdi

 

>> LIRE AUSSI : EXCLU. Fusillade à Beaune : « Il ne faut pas laisser la haine s’installer »

[Mise à jour le 11 août 2018]

Deux auteurs présumés de la fusillade interpellés :

Le parquet de Dijon annonce par un communiqué l’arrestation de deux auteurs présumés de la fusillade survenue à Beaune, le 10 août 2018.

Les deux individus sont en garde à vue pour tentative d’assassinat, violences aggravées par trois circonstances notamment la circonstance que les faits ont été commis en raison de l’appartenance à une soit-disant race, religion ou ethnie, réelle ou supposée, injures publiques à caractère racial, menaces de mort à caractère racial, et, pour le second, tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de la force publique.

Communiqué du procureur de la République du 10 août 2018

 

 

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