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Mustapha Amokrane: « Quoi qu’il arrive, le 8 mai, on sera là »

3 mai 2017
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Mustapha Amokrane: « Quoi qu’il arrive, le 8 mai, on sera là »

Il est de retour, vingt ans après l’aventure. «Motivé-e-s», le collectif toulousain, qui comporte, entre autres, Mouss et Hakim, chanteurs du groupe Zebda, ressort leur album éponyme.

Des chants révolutionnaires qui portent les combats d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Engagement constant, énergie en bandoulière, Mustapha Amokrane revient pour MeltingBook sur le premier tour de l’élection présidentielle ainsi que sur « la drôle de campagne » qui suit.  

D’abord, pourriez-vous nous parler de ce collectif Motivé-e-s, aussi artistique que politique…

Mustapha Amokrane : Notre collectif comporte des tendances et nuances diverses : France Insoumise, NPA, PS…

C’est la nature de notre groupe qui mise surtout sur l’éducation populaire.

Une expression politique qui correspond à la société dans laquelle on vit, celle qui parle de multiculturalisme, de créolisation, de l’identité multiple, sociale, culturelle, politique.

Au sein de notre formation, on trouve les mêmes subtilités et nuances de la gauche qu’on a pu trouver avec les différents candidats de gauche.

En ce qui concerne l’élection présidentielle, dès le départ, avant ces résultats du Premier tour. Nous avons été déçus qu’il n’y ait pas de candidature unique à gauche.

On n’a pas trouvé de réconfort dans le fait qu’il n’y en ait pas.

Le scénario de ce 1er tour vous semblait donc plausible ?

M. A. : Complètement plausible et probable. Mais on avait imaginé pire, que ce soit François Fillon et Marine Le Pen au premier tour…

Objectivement, Emmanuel Macron/Marine Le Pen n’est pas la pire scénario, même si cette combinaison n’est pas très reluisante.

Nous sommes désormais dans une situation où chacun doit décider seul(e), en conscience, avec un rapport intime et personnel à son vote.

Il n’y a pas de morale à faire, chacun doit décider seul le 7 mai prochain. En fonction de ses convictions, chacun devra décider de sa conduite, de ne pas voter ou de voter Emmanuel Macron.

On peut ne pas aller voter et Marine Le Pen ne passera pas forcément. On peut aller voter, et qu’elle ne gagne pas quand même.

Comprenez-vous la position de Jean-Luc Mélenchon de ne pas donner de consigne de vote ?

M. A. : Je comprends qu’on puisse laisser chacun décider seul. Qu’il y ait une volonté de laisser la parole ouverte.

Dans son mouvement, La France Insoumise, il y a l’expression de toute sorte de tendances, d’où l’importance de son score justement.

Il ne faut pas négliger ce beau résultat. Il respecte ainsi le fonctionnement de La France Insoumise.

Le débat est lancé. Personne n’a a donner de leçon de morale.

On n’a jamais été autant dans le rapport intime à son propre voteou au fait de ne pas voter.

Comment expliquer la différence entre la France de 2002 et celle de 2017 ? S’est-on habitué au FN ? Ce dernier au second tour ne fait plus sursauter…

M. A. : Il me semble que la différence fondamentale est qu’on était cette fois-ci prévenu. L’effet de surprise est moindre qu’en 2002.

Nous pensons même, avec notre collectif, que si elle n’avait pas été au second tour, certains auraient été dans la rue.

La montée du FN s’analyse objectivement, et on voit cette situation se profiler depuis quelques années.

La question qui se pose est celle même de cette élection, de ce système qui la porte.

Il y a dans ce résultat du premier tour un bouleversement qui interroge, notamment l’élimination des partis dits traditionnels. C’est peut-être là la vraie surprise…

Mais ce bouleversement est-il si réel que cela ? Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui jouent la carte de la rupture avec un « système », n’en sont-ils pas au fond le produit ?

M. A. : J’ai l’impression quand même de quelque chose de crépusculaire dans cette élection, une fin d’ère.

Nous retenons quand même la réalité d’un vote de gauche élevé, notamment pour Jean-Luc Mélenchon.

Nous interrogeons aussi le fait que des gens de gauche ont voté Emmanuel Macron.

Nous misons, nous, sur le terrain, sur le militantisme.

Il y a là un potentiel de changement réel. C’est pour cela qu’on a lancé le projet Motivé-e-s en février dernier.

C’est aussi une façon de dire que, quoi qu’il arrive, le 8 mai, on sera là, en juin on sera toujours là, et en juillet on sera encore là.

Il y aussi des rendez-vous électoraux qui n’en sont pas, pas fondamentaux au point de ce qu’on nous dit.

Au final, on a la réalité d’un second tour qui correspond à ce qui nous est annoncé depuis des mois.

Vous ne réduisez pas le politique au simple vote ?

M. A. : Exactement. On se doit d’être dans une culture de l’action.

Occuper l’espace public, être sur le terrain des réalités locales, penser son monde en bas de chez soi…de fait créer les conditions d’une démocratie réelle, ce qui n’est pas le cas.

Il nous semble que chacun est expert de sa propre vie et qu’à partir de là on peut déployer une action collective concrète.

On doit pouvoir solliciter chacun sur ses expériences. Ainsi une solidarité réelle pourrait s’exprimer. Cela renouvellerait aussi les modes d’action.

La question du vote est celle des rythmes électoraux, de processus qui réduisent le politique. C’est dans le rapport humain que nous trouvons des raisons d’espérer.

L’homme providentiel ne nous semblait pas la solution. Il faut partir de chacun.

N’y-a-t-il pas un paradoxe à voter pour un candidat libéral pour « faire barrage au FN », alors que ce sont ces mêmes politiques libérales qui ont permis l’ascension du FN ?

M. A. : C’est insoluble en effet; le système montre son absurdité. La bête nourrit la bête qui va la détruire.

Mais aussi la question qui se pose est celle du quotidien des gens et de l’urgence que cela représente.

Comment cela va se passer si Marine Le Pen est élue ? C’est en cela qu’il n’y a pas de morale à faire sur cette question.

Il n’y a pas de culpabilisation à faire. Déjà en 2002, certains n’avaient pas voulu aller voter.

Je réfléchis aussi au fait de glisser un bulletin dans l’urne.

J’ai voté pour Jacques Chirac en 2002, alors qu’on avait fait « le bruit et l’odeur », mais j’avais désacralisé ce geste.

Je mettrai ce bulletin pour Emmanuel Macron, car je veux être en paix le 7 mai au soir.

Dans notre collectif, on désacralise tous le vote.

Mais autour de nous, certains disent qu’ils n’iront pas aller voter, et on n’essaie pas de les convaincre.

Hassina Mechaï

Pour aller plus loin :

FN: Les petites mains de la « dédiabolisation »

Le Vote « Contre » : Pourquoi c’est une chance

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