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Noêla Boki-Sogue: « Bill Gates, Steve Jobs, Mark Zuckerberg, ils ont tous osé ! »

18 mai 2018
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Noêla Boki-Sogue: « Bill Gates, Steve Jobs, Mark Zuckerberg, ils ont tous osé ! »

D’éducateur spécialisé à chef d’entreprise, en passant par le monde du football, Noêla Boki Sogue jongle avec ses différentes casquettes. Avec toujours un lien : le social. Parcours singulier.

Née au Cameroun, à Douala, Noêla Boki-Sogue arrive en France à 16 ans. Il s’installe à Corbeil-Essonnes (91). Après un BEP professionnel, « j’ai été placé en foyer, à la fondation d’Auteuil, car je n’avais plus de famille d’accueil. Elle ne souhaitait plus m’héberger, » explique-t-il. À l’Institut Catholique de Paris, Noêla obtient une licence en science de l’éducation. Il enchaîne avec le diplôme de Moniteur Educateur, à BUC Ressources, à Versailles.

 

« J’ai grandi avec des éducateurs et j’aimais ce qu’ils faisaient. La chance que j’ai eue, c’est que j’étais à la fondation d’Auteuil. J’ai rapidement pris la main, j’étais en apprentissage. J’ai fait le choix travailler avec les mineurs étrangers isolés (MEI) et les enfants placés en foyer, » se souvient Noêla.

 

Rien ne le prédestinait pourtant à cette voie. Très jeune, Noêla embrasse une carrière de footballeur professionnel. Au Cameroun, il était en centre de formation. À 25 ans, il fait un passage à l’Impact de Montréal (Canada). Mais une opération du genou met fin à ce projet.

à L'impact de https://www.impactmontreal.com/ ou J'ai effectue une préparation mais la blessure m'a pas permis que je reste dans le groupe ( 2011)

À L’impact, où Noêla a effectué une préparation mais sa blessure ne lui a pas permis que de rester dans le groupe (2011).

«J’ai voulu suivre un parcours dans l’aéronautique, mais je n’avais pas de logement dans la région, l’école étant à Toulouse. Les circonstances ont fait que je me suis dirigé vers l’éducation, »  se rappelle-t-il.

 

Diplômé, le jeune homme devient alors travailleur social pour la Croix Rouge, pendant plusieurs années. Avant de prendre la tangente : «  j’ai vraiment voulu prendre de la distance. Cela commençait à me bouffer de l’intérieur, » explique Noêla.

 

En Côte d’Ivoire, sa première entreprise

 

Il s’envole pour la Côte d’Ivoire, à Abidjan. Noêla crée sa première entreprise dans le secteur de l’énergie solaire. Il y investit toutes ses économies. Au bout d’un an, le projet ne prend pas. Pas de quoi décourager Noêla.  « Je suis rentré en France pour travailler, gagner des sous et recréer une nouvelle entreprise. »

 

« À sec » financièrement, mais plein de ressources humainement. Noêla cumule deux jobs, le jour pour la Croix Rouge, et la nuit, dans le nettoyage. « Une semaine sur deux je revenais voir la famille en Bretagne. J’ai fait des allers-retours Paris/Bretagne, jusqu’en juin 2015.

 

« Il faut se demander : qu’est-ce que j’ai à perdre ? »

 

« C’est la frustration qui m’a poussé à me mettre à mon compte. J’avais les compétences, mais je ne trouvais rien, dans mon domaine, l’éducation spécialisée, en Bretagne. Et je ne voulais pas que mes enfants grandissent en région parisienne », sans la qualité de vie bretonne.

 

Pour Noêla , si on parle aujourd’hui de « Bill Gates (Microsoft), de Steve Jobs (Apple) ou de Mark Zuckerberg (Facebook), c’est qu’à un moment donné, ils ont osé pour en arriver là. Il faut se demander : qu’est-ce que j’ai à perdre ? »

 

Noêla sait de quoi il parle. À 32 ans, il a su prendre des risques et changer complètement de secteur d’activité. Sa boîte, Breizh Cleaning, propose des services de nettoyage dans la restauration rapide en Bretagne. Parmi ses clients : Mc Donald’s ,Burger King. En un an d’activité, Noêla emploie désormais 12 salariés.

Initier les jeunes au monde de l’entreprise

Aujourd’hui, chef d’entreprise, Noêla est parrain de l’association Entreprendre pour Apprendre (EPA). Le but de ce programme ? Accompagner les jeunes dans l’entrepreneuriat.  

« C’est un déclencheur. Le dispositif s’inscrit dans le programme scolaire national et dure 1 an. Il propose aux collégiens et lycéens de créer leur entreprise de A à Z. Ils passent par toutes les étapes de la création en montant un vrai projet, » décrit Noêla.

 

Et ce, jusque dans les moindres détails : site internet, cartes de visite, etc. « Ces adolescents utilisent tous les outils de la création et s’arrêtent juste avant l’immatriculation. » De quoi leur donner une vision globale de l’entrepreneuriat et d’échanger avec des professionnels.

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Avec le chanteur Akon et Thione Niang sur le lancement de Give1Project, en Côte d’ivoire (2013).

 

« J’en ai entendu des mûrs et des non mûrs ! »

 

Son message aux jeunes qu’il accompagne : « Croire en soi. Si on ne croit pas nous-même en notre projet, comment voulez-vous que les autres y croient ? »

Noêla poursuit : « certains ne se limitent qu’à leur couleur de peau. J’en ai entendu des mûrs et des non mûrs ! Ça ne devrait pas être un frein. Il faut croire en soi. »

 

Lui aussi, a entendu les sirènes de l’abandon avant de créer sa boîte. « On m’a dit : ‘ce n’est pas la peine de créer une société de nettoyage. Il y en a une nouvelle toutes les 30 secondes’… Et aujourd’hui, cela porte ses fruits, » relate-t-il.

 

En bon entrepreneur, Noêla a bien compris l’importance du réseau : « Il faut sortir de sa bulle, rencontrer les autres. Le réseau seul va te permettre d’exister. Cela va être ton premier testeur. C’est aussi capital que de croire en son projet, » explique le chef d’entreprise.

 

“Il faut s’intéresser aux décisions prises là où on habite, sinon on les subit ”

 

Comme il ne s’arrête jamais, Noêla décide de s’engager politiquement. « J’ai rencontré un jeune sénégalais américain, Thione Niang, président d’une association Give1Project. J’ai échangé avec lui et j’ai eu ce déclic. Il faut s’investir là où on habite, s’intéresser aux décisions prises, sinon à un moment donné, on les subit ».

Noêla rejoint alors le mouvement « En Marche ! » dès sa création. Il participe à la campagne présidentielle et reste encore engagé. « Je fais partie de l’équipe de campagne Florian Bachelier. J’ai créé et j’anime le groupe thématique jeunesse » dans sa ville, à Rennes.

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Noêla a également développé un projet citoyen : « Trouvons ton stage ». Une plateforme hébergée par le site « En Marche ! » (mais, accessible à tous, précise-t-il). Celle-ci met en relation les élèves et étudiants, avec les chefs d’entreprise. Le but ? Pallier le manque de réseau des jeunes, les aider à trouver un stage ou découvrir le monde de l’entreprise.

Lui qui voulait l’arrêter, « ça [le] rattrape toujours ! » : le social.  Avec pour point d’orgue, le travail : « donner du travail à quelqu’un, c’est essentiel. C’est l’autonomie, c’est l’indépendance. Sans travail l’Homme est un poids pour la société ». Le travail comme voie d’émancipation, faut-il comprendre.  

 

Sarah Hamdi

En Bref : 

  • Ses modèles ? Nelson Mandela est l’un des leaders qui m’inspire le plus. Il est un exemple d’engagement pour une cause non pas personnelle mais commune. Son histoire et son parcours ont dépassé les frontières de l’Afrique du Sud. Mario Piromalli aussi, qui est un exemple au plus près de moi qu’on peut partir de rien et devenir numéro 1 à la tête d’une grande franchise.

 

  • Son association ? HOPE TO DAY vient en aide aux enfants dans le domaine de l’insertion sociale. « Tout le monde trouve que c’est bien mais personne ne lève le petit pouce pour aider, » lâche-t-il en tout franchise. 
  • Son prochain projet ? Écrire un livre, créer une association des Français issus de l’immigration, je n’ai pas encore trouvé le non exact.

 

  • Le dernier livre lu? Les secrets de la réussite et les raisons d’un silence, Rev.Camille Makosso.

 

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