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#Paris2024: le 9-3 boira-t-il la tasse?

13 septembre 2017
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#Paris2024: le 9-3 boira-t-il la tasse?
Paris 2024, c’est chose faite. Réuni à Lima (Pérou), ce jeudi 13 septembre, le CIO s’apprête à officialiser le deal passé entre Paris et Los Angeles à 21h (heure française). La cité californienne accueillera les JO en 2028 après un accord très avantageux obtenu par son maire Eric Garcetti. 
Cadre associatif au sein d’une fédération sportive et militant associatif, Adil El Ouadehe revient sur l’attribution des JO à Paris. Face à l’enthousiasme ambiant, il livre une autre vision. Contrairement aux idées reçues, les olympiades ne profiteront, certainement, pas aux fameux 9-3. 
Adil El Ouadehe, cadre dans une fédération sportive

Adil El Ouadehe, cadre dans une fédération sportive

C’est fait, Paris a les Jeux Olympiques de 2024. Sept ans pour préparer un évènement, qui selon les membres du comité d’organisation, changera la donne pour la société française, les Franciliens et particulièrement les habitants du 93.

Avec des investissements publics et des bénéfices privés, comment les JO pourront-ils profiter à tous?
Paris 2024, une victoire à la Pyrrhus
Et à entendre les promesses financières et sociétales déjà formulées, ces JO trancheront visiblement avec les éditions précédentes.
Attardons-nous sur les conditions d’attribution des Jeux de 2024 et de 2028, qui à froid relève plus d’une victoire par forfait pour Paris.
La finale entre Los Angeles et la ville lumière n’étant que le résultat des “défections” d’autres métropole. Rappelons-nous que Rome, Budapest, Boston, ou Hambourg, se sont désistées, les unes après les autres, après référendum populaire pour certaines.
Avec à chaque fois deux raisons clé : l’inflation des coût liées à l’organisation de ces jeux et, surprenant, le manque d’adhésion populaire à l’organisation de ces olympiades.
Ainsi, la victoire parisienne pour 2024, présentée dans sa dimension festive (uniquement) pose, pourtant, une double contrainte aux organisateurs:
• une certaine forme d’humilité à adopter après une victoire comme celle-ci. L’attribution de ces Jeux et la manière dont nous les avons emportés ne peut remplacer le rejet de la candidature parisienne lors des JO de 2012, attribués finalement à Londres,
• mais aussi,  une responsabilité politique et sociétale en direction des Français et particulièrement envers les Franciliens compte tenu des annonces et des promesses annoncées.
Paradoxalement, et à mesure que le nombre de villes-candidates s’amenuisait, que la victoire semblait acquise, le message des organisateurs a mué. D’un “ce seront les Jeux de la responsabilité sociétale”, nous sommes passés à “un ces Jeux vont changer la donne pour toute la société”.
Notons, à toutes fins utiles, que les Jeux olympiques se déroulent sur trois week-ends.
Ils constituent donc à ce titre un événement exceptionnel dans la vie des Français.
À défaut de pouvoir changer la société française et le quotidien des plus précaires, lesquels n’ont pas exprimé l’envie d’obtenir ces Jeux, tout l’enjeu est dorénavant d’éviter que ces JO ne deviennent un gouffre financier et sociétal.
Impossible de tenir le budget
Une gageure. Mais une gageure présentée comme un objectif réaliste. Les professionnels du sport le savent bien.
L’ensemble des précédents JO (été comme hiver) ont connu des dépassements de leur budget prévisionnel. 156% en moyenne au-dessus du budget prévu.
L’organisation de Paris 2024 annonce une enveloppe de dépenses de 6,6 milliards d’euros.
Les statistiques projections les plus sérieuses, elles, un budget final aux alentours de 18 milliards d’euros.
Et ce n’est pas l’argument des infrastructures déjà existantes, permettant de réduire les coûts, qui dira le contraire.
Malgré le “matraquage médiatique” expliquant l’inverse, le budget des JO 2024 va exploser, non pas du fait des infrastructures, mais des coûts d’organisation.
L’organisation des Jeux olympiques constituent aujourd’hui pour une collectivité, les finances publiques et donc pour le portefeuille des citoyens l’un des projets les plus coûteux pour un événement exceptionnel. Et à ce jour, aucune étude post-JO n’a démontré l’impact sociétal et environnemental positif significatif sur un pays organisateur et ces concitoyens.
Leçon londonienne
Les Jeux olympiques de Londres, qui ont ravi à Paris l’édition 2012, promettait, à l’époque des bénéfices économiques, sociétaux et environnementaux. Le retour à la réalité s’est avéré plus compliqué que prévu.
Londres (photo/ Suzanne Plunkett)

La Fédération des commerçants britanniques a chiffré à 0,1% la hausse des ventes en juillet 2012. Londres (photo/ Suzanne Plunkett)

Face à l’enthousiasme survendu dans les médias, la prudence est donc de mise. L’exemple de Londres, ville mondiale, mériterait, donc, une analyse, plus détaillée. Histoire de ne pas reproduire les erreurs des Britanniques.
Comment éviter qu’une ville mondiale comme Paris puisse être confrontée à une baisse de la fréquentation touristique pendant ses Jeux olympiques ? Pis, a-t-elle vraiment besoin d’un tel événement pour rester attractive aux yeux des touristes ?
Los Angeles, les bons comptes font les bons amis
Le désistement de la ville de Los Angeles concernant l’organisation de l’édition de 2028 est également éclairant sur l’organisation et les coûts générés.
Le retrait de la Cité des anges ne s’est pas fait sans condition. Elémentaire.
Et dans le domaine de la négociation, le maire de Los Angeles est passé maître.
Eric Garcetti Follow the sun

Eric Garcetti, maire de Los Angeles (DNA/India)

La ville, dont le slogan pour l’organisation des JO est « follow the sun », a obtenu la garantie de recevoir 1,8 milliard de dollars de la part du CIO –  potentiellement 2 mds$ – contre 1,7 md$ pour Paris 2024.
Une compensation financière loin d’être négligeable.
Elle représente plus d’un tiers du budget prévisionnel de LA 2028, annoncé à 5,3 mds$, soit 4,5 mds€ (contre 6,6 mds€ pour Paris 2024). Une coquette somme pour patienter quatre ans…
Le maire de Los Angeles a promis de « changer le modèle olympique, le rendre un peu plus humble et durable ».Comme pour les JO de 1984- seule édition bénéficiaire, dans l’histoire des Jeux olympiques- le deal entre la ville et le CIO permet de réduire considérablement, pour ne pas dire faire disparaître, le risque financier.En effet, selon Los Angeles Times annonce que la ville pourrait récupérer 100 millions de dollars ou plus à l’issue des Jeux.

Une projection qui s’appuie sur la provision anti-dépassement mise en place par la ville, les 20% de bénéfices à destination du comité olympique des Etats-Unis, le renoncement du CIO à ses 20%, son avance de 180 M$ de la part du CIO, qui injectera par la même occasion 160 M$ dans un programme de développement du sport chez les jeunes.

Ces garanties, La ville de Los Angeles les a obtenues lorsque la ville de Paris a obtenu des promesses. L’art de la négociation version US.

« Ce deal était trop bon pour que nous le refusions », Eric Garcetti, maire de Los Angeles. Difficile de ne pas souscrire à cette assertion.

Les JO, une rustine sur la société française
Au regard de tous ces éléments, comment penser qu’un événement sportif, reposant sur un modèle pareil, puisse changer notre société en profondeur ? Questionnons-nous sur l’incapacité collective à mener les véritables actions politiques pour régler les dysfonctionnements socio-économiques de notre pays.

Le nom du « 93 » a résonné de Lausanne jusqu’à Lima, comme étant le territoire qui allait en termes de changement sociétal et d’héritage lié à l’organisation de ces jeux en bénéficier le plus.

Projets prévus dans le 93 pour Paris 2024

Projets prévus dans le 93 pour Paris 2024 (source/ Le Parisien)

Seul la mobilisation d’acteurs indépendants, responsables et autonomes, à défaut de modifier le modèle des Jeux olympiques, permettra d’assurer tout au long des 7 prochaines années un suivi constant et régulier de ce que représenteront réellement les Jeux olympiques pour les contribuables franciliens.

Au-delà de la dimension sportive, Paris 2024 devrait inciter nos décideurs/ses à organiser des jeux durables et qui profitent à tous. Non pas aux plus privilégiés. C’est l’esprit des Jeux olympiques et la narration médiatique qui s’écrit sous nos yeux ne semble pas en prendre le chemin.

Rien n’est gravé dans le marbre

Ci-dessous quelques propositions servant de base à la réflexion pour les sept prochaines années, avant Paris 2024:

1. Revoir le storytelling autour du baron de Coubertin et de toute la glorification dont peut bénéficier sa personne. Devons-nous rappeler que celui-ci était contre la participation des femmes, et des non blancs aux Jeux olympiques ? Sans parler de ces propos à leur encontre. Si nouveau projet il doit y avoir quoi de mieux pour le centenaire de l’organisation des Jeux à Paris que de proposer une nouvelle idéologie naturellement inclusive, égalitaire et responsable ?
2. Présenter et faire valider les indicateurs de performance (des indicateurs économiques jusqu’aux indicateurs sociétaux) liés à ces Jeux par les citoyens franciliens,
2. Assurer le recrutement pour l’organisation des JO dans toutes les strates du comité d’organisation, de personnes issues de la Seine-Saint-Denis. Les compétences, diplômes et expériences ne manquent pas et lorsqu’on observe les personnalités politiques recyclées dans le comité d’organisation. Cet objectif apparaît finalement comme tout à fait réaliste et réalisable,
5. Prévoir un pourcentage sur les bénéfices des entreprises partenaires de l’organisation des Jeux olympiques et soutien du mouvement olympique. Ce prélèvement devra directement être injecté dans des programmes éducatifs et d’insertion sociale et professionnelle auprès d’organisation et structures nullement liées au mouvement olympique,

6. Enfin et c’est le point le plus important qui permettra et garantira potentiellement l’exécution des 4 points précédents : que les habitants de Seine-Saint-Denis puissent créer un collectif indépendant et autonome de suivi de l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024.

Adil El Ouadehe

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