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Rayed Chaïbi, la Tunisie de mon père et le Drancy de ma mère

7 novembre 2018
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Rayed Chaïbi, la Tunisie de mon père et le Drancy de ma mère

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À 31 ans, Rayed est le benjamin d’une fratrie de 11 enfants, 6 garçons, 5 filles. « J’ai commencé mon parcours politique à Drancy, à 19 ans. Je ne vais pas vous mentir, les campagnes électorales, c’est mon sang, c’est ma drogue, » lance-t-il.

 

Rayed grandit à Drancy, « dans un F5, square de la Libération », décrit-il, la précision est importante. Ses parents arrivent en France au début des années 70, d’abord son père en 1969, puis son épouse, en 1972.

 

Après un parcours scolaire sans embûches, Rayed obtient une licence en droit et sciences politiques à la Sorbonne. « À 23 ans, j’ai été nommé conseillé municipal, entre 2011 et 2014, à Drancy. J’ai toujours été passionné par le militantisme, la citoyenneté, » raconte-t-il. Il est actuellement cadre territorial à mairie de Drancy.

 

« Je me suis lancé entièrement, pendant des années, dans la politique. L’engagement politique m’a permis de penser à autre chose quand ma mère est décédée. Puis, j’ai eu envie de penser à moi, », confie-t-il.

Ses parents, sa première inspiration

Rayed en veut plus au-delà des frontières de Drancy. En 2018, il décide de lancer sa propre Association pour la Promotion de la Coopération et de l’Amitié entre la France et la Tunisie (APCAFT). Sa première expérience associative.

 

Son père, agent de nettoyage pour la RATP et sa mère, femme de ménage, décédés respectivement en 2005 et 2009, ont inspiré ce projet. Des parents omniprésents dans le récit de Rayed. Ils lui ont inculqué « ses doubles valeurs : « ils nous ont transmis les valeurs de la Tunisie, l’amour de notre pays, les racines, les origines, etc. Mais également, la nécessité de réussir. »

 

L’idée qu’il fallait « mettre toutes les chances de notre côté pour réussir. En bref, on n’a rien sans rien. Si tu veux y arriver, il faut que tu cravaches. Il faut que tu sois bon à l’école. Tu veux sortir ? Tu ne sortiras que lorsque tu auras terminé tes devoirs, » se souvient Rayed.

 

Racines en Tunisie, tête à Drancy

 

Pour lui, deux piliers ont porté son parcours : la connaissance de ses racines, d’un côté. Le respect de l’École de République et ses valeurs, de l’autre. Ce qu’il aime en politique : « pouvoir à la fois, être à l’écoute des populations et faire avancer leurs problèmes, leurs soucis ».

« L’amour pour la Tunisie que mes parents m’ont transmis et mon engagement citoyen, ces deux-là je les ai couplés pour les investir au profit d’une autre cause », précise-t-il.

Cette cause ? Celle de l’amitié et de la coopération entre la France et la Tunisie.

 

Signature de la convention de coopération entre la Commune de Menzel Abderrahmane et l’APCAFT dans le domaine de l’Environnement, le 20 septembre 2018.

Un déclencheur : la situation socio-économique en Tunisie

Pour raconter, la genèse de ce projet, Rayed explique : « le catalyseur c’est la situation actuelle en Tunisie. L’an dernier, j’ai constaté que le pays subissait d’énormes difficultés économiques, sociales, etc. Je suis dit qu’en tant qu’enfant de la diaspora, enfant de la France, certes. Mais également enfant de la Tunisie, si je peux faire quelque chose pour mon pays, je le fais ».

 

Optimiste, il n’en demeure pas moins « réaliste ». Pour Rayed, « ce n’est pas moi avec mes petits bras qui va faire baisser la courbe du chômage, diminuer la dette publique, augmenter la croissance… » explique-t-il. Rayed espère apporter sa pierre, « ne serait-ce qu’un caillot, dans cet édifice, alors il faut que je le fasse».

 

Et quel édifice. L’ambition de « contribuer à la reconstruction d’un pays progressiste, moderne. »

 

Rayed lance symboliquement sur les réseaux sociaux sa structure de l’APCAFT, avant son lancement officiel. La date marque le jour de l’indépendance tunisienne et la journée internationale de la francophonie, au cœur des projets de sa structure.

Entretien avec Hatem BEN SALEM ministre tunisien de l’Education lors duquel nous nous sommes mis d’accord sur un partenariat entre le ministère de l’Education et l’APCAFT pour des projets sur 3 écoles (matériels et aménagement), le 12 septembre 2018.

 

Il veut avant tout toucher les jeunes tunisiens : « il faut qu’on puisse apprendre dès le plus jeune âge que s’intéresser à la vie de la cité est important, car si tu ne le fais pas, d’autres le feront à ta place ».

C’est quoi un gouvernement ? Pourquoi ministre ? Pourquoi choisir son maire ? Autant de questions qui doivent trouver un écho chez la jeunesse, selon lui.

Rencontre avec la municipalité de Menzel Abderrahmane dans le cadre de notre accord de coopération, le 6 septembre 2018.

 

Ses missions : soutenir divers projets avec des structures locales en Tunisie dans les domaines de l’éducation, la culture, la citoyenneté, l’environnement, la santé, le sport, l’économie sociale et solidaire. Leur socle commun ? La francophonie, la promotion de la langue française.

 

Remises des fournitures scolaires aux enfants de l’Association Tunisienne Locomotive du Développement (ATLD) le 08 septembre 2018.

 

« Si ces jeunes ne s’approprient pas ses questions, les valeurs et les principes qui font le ciment d’une nation, alors il y un risque qu’ils soient détournés pour épouser des causes qui ne sont pas les nôtres et qui ne sont pas les leurs », craint-il.

« Je ne veux pas que mon association soit un tremplin pour servir d’ambitions politiques à tel ou tel. »

Quant à ses soutiens, Rayed compte déjà sur celui dont il parle comme de « son mentor » : Jean-Christophe Lagarde, député de Seine-Saint-Denis et vice-président du groupe d’amitié France-Tunisie, à l’Assemblée nationale, des élus de la région Île-de-France, les associations locales, l’ambassadeur Abdelaziz Rassâa, la mairie de Drancy, Jérôme Chartier, 1er vice-président de la région Île-de-France, et d’autres.

Ce qu’il ne veut pas ? Que son association soit « une coquille vide ».

« Des mastodontes parmi les politiques tunisiens m’ont fait des yeux de chimères, je leur ai expliqué par a+b que cette association ne serait pas un tremplin pour servir d’ambitions politiques à tel ou tel. »

 

Sarah Hamdi

 

 

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