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Le roi est mort, vive le roi !

François Hollande se retire. Depuis l’annonce de son renoncement à la présidentielle de 2017, François Hollande reçoit une pluie de louanges à gauche. « Hommes d’Etat », « plein d’humilité », « de lucidité » au « bilan pas si mal ».

Reconnaissons-lui son humilité. En rangeant ainsi son ambition personnelle au placard,  il fait ce que peu d’hommes politiques ont fait avant lui. La comparaison avec Nicolas Sarkozy, son prédécesseur à l’Elysée, par exemple est clairement à l’avantage du président socialiste et elle doit être saluée.

La gauche en miettes

Pour ce « bilan pas si mal », je ne vois pas ce que l’on peut retenir de bon. Le président pense à la victoire de la gauche en se retirant. Il laisse pourtant un parti détruit qui n’a que très peu de chances d’accéder au second tour des prochaines présidentielles.

Le choix de Manuel Valls comme premier ministre est  l’une de ses plus grandes erreurs. En évinçant ainsi l’aile gauche de son parti, il l’a fragilisé alors qu’il pensait relancer son quinquennat avec son nouveau premier ministre.

A contre-gauche

Cette démocratie sociale telle qui l’a conçu a été un sévère coup de butoir porté à son parti, à l’ensemble de la gauche mais surtout au peuple français qui attendait mieux. CICE, loi travail, restructuration des hôpitaux, colmatages des brèches dans l’éducation, ce n’est pas cette « gauche totale » qu’il invoquait jeudi soir qui pourra l’emporter en 2017 face à Fillon, ni même accéder au second tour.

« Homme d’Etat » selon certains…Un homme d’Etat ne s’immisce pas dans ce conflit syrien si complexe dont il n’est nullement responsable en suivant docilement les Etats-Unis grands responsables du chaos au Moyen-Orient.

Déchéance et regrets

Ce sont ces interventions que nous payons chèrement aujourd’hui.  Un homme d’Etat ne réagit pas non plus sous le coup de l’émotion après des attentats aussi meurtriers soient-ils. Trois jours seulement après le vendredi 13 novembre, cette proposition de déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux associée à cette constitutionnalisation de l’Etat d’urgence rentrera dans l’histoire, malheureusement.

Elles ont aggravé les tensions au sein de la société. Comment un homme d’Etat peut-il aussi hâtivement remettre en cause  l’égalité entre tous les Français mais aussi  l’état de droit sans lequel l’injustice peut régner.  Cette gestion calamiteuse post-attentats de novembre, indigne d’une démocratie a fini  pas écœurer Christiane Taubira la seule ministre, alors à la justice, encore respectée par le peuple de gauche.

Promesses envolées

Retenons qu’en parallèle, François Hollande n’aura jamais eu le courage de proposer le droit de vote des étrangers aux élections municipales, ni de stopper ce contrôle au facies qui entraîne encore des dérapages policiers violents.

Voilà le message adressé à nos banlieues trop colorées mais aussi trop musulmanes. En effet, aux yeux du président, le dévoilement des Françaises musulmanes fera d’elles des femmes libres, des futures Marianne dit-il dans un livre confession qui aura fini de l’achever politiquement en l’isolant au sein même de son courant politique.  

Le combat de l’identité

Cette vision néocoloniale de la société, portée parfaitement par son premier ministre a préparé le terrain aux partis politiques mieux placés que les socialistes pour faire de la bataille identitaire le seul et unique thème de la future campagne présidentielle.

François Hollande ne fait que transmettre le relais à Manuel Valls finalement. Les deux hommes ont la même condescendance pleine  d’arrogance à l’égard d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes parfaitement insérés socialement  mais qui ne souhaitent pas renoncer à leurs spécificités culturelles ou/et religieuses.

Finalement, ces différentes trahisons, économique, sociale et identitaire facilitent la tâche de cette droite décomplexée et même de cette extrême droite qui n’a jamais été aussi discrète.

Normal, tous ses thèmes de prédilection ont été mis au centre du débat et le jour du vote, nombreux seront les Français qui préféreront choisir l’originale à la copie. Ce drame électoral qui s’annonce en 2017 sera évidemment à mettre dans « le bilan pas si mal » du président sortant.

Jean-Riad Kechaou

Jean-Riad Kechaou est professeur depuis 15 ans en banlieue parisienne. Auteur d'un essai socio-historique sur le quartier des Bosquets « 93370 Les Bosquets, un ghetto français » (MeltingBook Editions). Il écrit pour MeltingBook et le site de Politis dans un blog intitulé "Un Prof sur le front".

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