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Charles Enderlin: « Israël est sur la pente glissante de l’Apartheid pour Ehud Barak »

2 avril 2018
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Charles Enderlin: « Israël est sur la pente glissante de l’Apartheid pour Ehud Barak »

[#PODCAST] De passage à Paris pour le prix de la Scam, récompensant sa carrière, Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem, a répondu à nos questions. En 2000, son reportage sur la mort du jeune palestinien Mohamed Al Dura sous les balles de Tsahal avait défrayé la chronique.

Aujourd’hui installé à Jérusalem, le journaliste franco-israélien, livre une analyse pessimiste sur l’état du processus de paix. S’il pointe la montée du sionisme religieux, il dénonce aussi l’hypocrisie de la communauté internationale dans le règlement d’un conflit qu’il juge sans issue.

Une coalition très à droite

Le 17 mars 2015, le Likoud de Benjamin Netanyahu arrive en tête des élections législatives en obtenant 30 sièges à la Knesset. Mais sans majorité, le chef du Likoud est contraint de négocier avec ses adversaires. Après 40 jours de tractations, il parvient à former une coalition très (trop) large incluant l’extrême-droite.

Ecouter Charles Enderlin 

Le 6 mai 2015, il présente son quatrième gouvernement en s’appuyant sur une très courte majorité, 61 députés sur 120 élus à la Knesset.

Parmi, les membres de la coalition, Naftali Bennet (Foyer juif). Avec seulement huit membres de son parti élus en mars, il a obtenu trois postes clés pour sa formation : les ministères de l’Education, de la Justice et de l’Agriculture, en charge de la dotation des fonds aux colonies en Cisjordanie.

Autre formation de la coalition, deux formations ultraorthodoxes, le Shaas et le Judaïsme unifié de la Torah. Acculé Benjamin Netanyahu leur a ainsi concédé des garanties. Dans la balance, plus d’indépendance pour les institutions religieuses ou davantage de fonds publics. Un exercice d’équilibriste pour le Premier ministre. En son sein, le gouvernement Netanyahou IV doit aussi jouer avec la présence des centristes de Koulanou.

La question des implantations de colons

« Plus de 400 000 colons israéliens habitent dans plus de 60% de la Cisjordanie ». 180 000 dans une douzaine de quartiers de Jérusalem-Est. Ces communautés de Juifs sont établies sur des territoires, à l’origine palestiniens, conquis lors de la Guerre des Six Jours en 1967. Dans la presse anglophone, on parle de « Jewish settlement », traduit par « colonie » ou « implantations » juives. Dans les textes onusiens, le terme « colonie » est utilisé même si les Israéliens le réprouvent.

Selon eux, le terme est connoté négativement et renvoie à la colonisation européenne, à l’Algérie française, notamment. L’Etat hébreu s’appuie sur l’absence de statut juridique liée à ces territoires. Dans une récente interview donnée à la presse allemande, Ehud Barak, ex-Premier ministre, parle de « pente glissante vers l’Apartheid » pour Israël.

De la Palestine aux territoires occupés. (source/Les Crises)

De la Palestine aux territoires occupés.
(source/Les Crises)

Or, il s’agit bien de colonisation selon le droit international car jugées « illégales ».

Mardi 20 Juin, Israël a entamé la construction d’une colonie en Cisjordanie, fait inédit depuis 25 ans.

« Après des décennies, j’ai eu le privilège d’être le Premier ministre qui construit une nouvelle colonie en Judée-Samarie », twittait Benjamin Netanyahu dans la foulée.

La Judée-Samarie étant la désignation biblique de la Cisjordanie. Selon l’émissaire de l’Onu au Proche-Orient, Nicholay Mladenov, « aucune mesure n’a été prise », en dépit de la résolution 2334 de l’Onu. Adoptée en décembre, le texte la fin de colonies. Le représentant de l’Onu rappelle que « toutes constructions sur un territoire censé faire partie du futur Etat palestinien nuit à la perspective de deux états ».

Depuis sa création, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté 226 résolutions dans le conflit israélo-palestinien, largement ignorées par l’état juif. Ces trois derniers mois, 4000 constructions et 2000 plans de logements ont été lancés par Israël.

A l’inverse, le cas de la ville de Qalqilya montre les réticences à octroyer des logements supplémentaires aux Palestiniens.

Qalqilya en Cisjordanie (photo/artistes contre le mur)

Qalqilya en Cisjordanie, entourée quasi-totalement par le mur de séparation , érigé en 2002. La Cour internationale de justice a demandé son démantèlement en 2004, décision non appliquée par Israël (photo/artistes contre le mur)

Le 19 juin dernier, l’annonce par le gouvernement de la construction de 14 000 logements dans la ville palestinienne a provoqué l’ire, notamment, de Tzipi Livni, de l’Union sioniste et des dirigeants des colonies. Prévus dans la zone C de la Cisjordanie-sous contrôle israélien- ce projet aurait passer le nombre d’habitants arabes palestiniens de 50 000 à 110 000 personnes. Face à la levée de boucliers, Benjamin Netanyahu, Premier ministre, a fait marche arrière. Le projet avait pourtant été accepté par le Cabinet de sécurité, en 2016.

Le Proche-Orient et la présidence Trump

Depuis l’investiture de Donald Trump, à la Maison Blanche, le gouvernement israélien a annonce cinq extensions de colonies. Considéré comme plus favorable à Israël, Donald Trump était en Israël, le 22 mai où il a parlé « d’une occasion rare d’apporter la paix ».

 Editorial du journal Haaretz

Après avoir rappelé « les liens indestructibles entre les deux pays » (Etats-Unis et Israël), il s’est recueilli sur le Mur des Lamentations.

Durant sa campagne, il a promis de transférer l’ambassade des Etats-Unis (actuellement à Tel-Aviv) à Jérusalem, reconnaissant, ainsi, la ville comme capitale de l’Etat hébreu.

Il semble s’être ravisé. Le 1er juin, il a signé une clause dérogatoire gelant pour six mois le projet de transfert de la représentation américaine à Tel-Aviv.

Le blocus de Gaza, année 11

« Selon les ONG, ce territoire va devenir totalement insalubre dans les prochaines années ». Charles Enderlin

Ce nom est un symbole à lui tout seul. Celui de l’asphyxie d’une partie de la population palestinienne contrôlée par le Hamas mais aussi de la domination israélienne. Instauré en mars 2006 par l’Etat Hébreu, le blocus est une réponse à l’enlèvement du soldat Gilad Shalit par le Hamas. L’embargo est renforcé l’année suivante. De son côté, l’Egypte a aussi fermé sa frontière.

Véritable prison à ciel ouvert, Gaza est soumis à Israël qui contrôle, notamment:

  • Les frontières aériennes, maritimes, terrestres,
  • Les eaux territoriales,
  • Les flux migratoires et celui des marchandises.

Les deux millions de Gazaouis ne peuvent ni étudier ni se faire soigner à l’étranger. Du fait de ce blocus, 65% de la population gazaouie est insécurité alimentaire. Le taux de chômage dépasse les 40%

Les récentes restrictions d’électricité- le 19 juin, Israël a réduit l’électricité à deux heures par jour pour la population- font craindre une montée des tensions. La seule usine de production de Gaza s’approvisionnait en Egypte pour le carburant avant de se tourner, exclusivement, vers Israël. Faute de moyens, elle est soumise à de nombreux soubresauts.

Israël, malgré les restrictions illégales déjà en vigueur, reproche à l’Autorité palestinienne (AP) de ne pas s’acquitter de la facture d’électricité. Des accusations qu’elle rejette sur le Hamas. Au centre des inquiétudes, la question des malades ou celle des bébés en couveuses. Seule éclaircie, la restriction de pêche à 6 miles marins a revue à la baisse, passant à 9 miles marins.

Le Hamas

En 2006, le Hamas remporte les élections législatives. Engagé dans une lutte de pouvoir fratricide, les commandants du Fatah refusent de se plier aux ordres du gouvernement du Hamas. Le 15 décembre, Mahmoud Habas, dirigeant du Fatah, décrète des élections anticipées, rejetées par le Hamas. S’ensuivent de violents affrontements causant la mort de 600 Palestiniens.

Classé terroriste en 1997 par les Etats-Unis, le Hamas l’est aussi pour l’Union européenne depuis 2003. Depuis Gaza, qu’il contrôle, le Hamas est, également, jugé responsable des tirs de roquette par Israël. Terroristes pour certains, résistants pour d’autres, le Hamas est au cœur des tensions.

Aux tirs de roquette du Hamas, Israël a répondu avec des bombardements massifs et disproportionnés. Le 27 juin, Tsahal ont conduit des raids aériens. En 2008, l’opération Plomb Durci avait fait 1100 morts côté palestinien, dans l’enclave de Gaza, contre 13 pour l’Etat Hébreu. Après un démenti, Israël a reconnu en 2009, l’utilisation de phosphore blanc lors de ces raids.

Le 8 juillet 2014, l’opération aérienne « Bordures protectrices » a précédé l’envoi de troupes au sol. 1867 Palestiniens dont 1176 civils ont été tués par Tsahal. D’après l’Onu, 498 enfants figurent parmi les victimes. Du coté israélien, 64 personnes ont été tuées dont 3 civils.

Des morts incombés, selon certains au Hamas, accusé de mettre en péril la sécurité des habitants d’Israël. Pour d’autres, la disproportion des réponses israéliennes, bombardement de civils et usage d’armes chimiques, mettent à mal la notion de justice qu’une « démocratie », comme Israël, est censée incarner.

Propos recueillis et texte de Nadia Henni-Moulaï

Montage audio : Sarah Hamdi

Date de première mise sur MeltingBook en ligne 28 juin 2017.

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