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Le simulacre Macron, c’est bien de la poudre de perlimpinpin

19 mai 2017
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Le simulacre Macron, c’est bien de la poudre de perlimpinpin

Emmanuel Macron existe-t-il ? Il ne s’agit pas là d’interroger sa corporalité, son existence physique. Pour quiconque vivrait en France, depuis qu’il est sorti de l’ombre de ses illustres parrains, Jacques Attali, Alain Minc, François Hollande, Claude Bébéar et autres, la réponse est évidemment oui.

Mais est-il réel ? Depuis qu’il est sous le feu médiatique qui l’a fait éclore, illuminé, paré, vient cette impression lancinante qu’Emmanuel Macron est d’abord une chimère. Dans les deux sens du terme. Un être composite, créé à partir de morceaux d’animaux bien réels et existants ceux-là, tête et  poitrail de lion, le ventre de chèvre et queue de serpent. Pourtant l’addition de trois réalités fait du résultat composite, une illusion. Une hallucination collective peut-être. Un monstre aussi, au sens premier du terme, posé là pour être montré.

Le cas Macron a vite interpellé par son insaisissabilité. Fluide jusqu’à passer soudainement à l’état gazeux. Insaisissable mais non évaporé. Car qu’est-ce que ce « ni gauche, ni droite » de son programme, si ce n’est cette façon d’être nulle part pour mieux être partout ? Mais pas forcément d’être partout pour mieux être nulle part car son programme économique est la simple continuation de celui de François Hollande par les mêmes moyens. Toute la force du macronisme est de nous le faire oublier. Son « ni gauche ni droite » n’est au final qu’une revisite du blairisme, cette troisième voie qui s’est avérée pour le Royaume-Uni une voie de garage.

Sa campagne a donné le tournis, elle fut « disruptive », comme aimait à répéter son équipe de communication. Disruptives, comme ces décharges électriques qui produisent étincelles qu’on croit éclairages ou éclaircissements et qui laissent au final désorientés, sans sens. Programme d’apparence fantomatique, ectoplasmique rhétorique, le fameux « en même temps »,  censé faire la synthèse de deux propositions apparemment opposées, ni gauche, ni droite, mais les deux, mais aucune des deux, bien au contraire.

Que lit-on sur Emmanuel Macron ? Il est courtois, oui mais jusqu’au réflexe vide, comme ces petits chiots mécaniques, posés à l’arrière des voitures et qui saluent sans effort à chaque cahot de la route. Écoutez la mécanique Macron, « pardonnez-moi de vous dire… » ; à chaque nom prononcé « X pour qui j’ai de l’estime, Y que je respecte ». Il a pu dire ainsi devant la rédaction de Médiapart, « Nicolas Sarkozy, pour qui j’ai beaucoup respect, a eu des affaires… ». Il a légèrement baissé la tête, alors, devant l’énormité de la phrase, rare moment où la mécanique a craqué, légèrement.

Emmanuel Macron est une imitation, une copie. Il est aussi un simulacre, au sens voulu par Jean Baudrillard. Dans l’imitation, Emmanuel Macron a été « à l’image de », une icône copiant un réel. Mais là où l’imitation suppose quelque chose de préexistant, le simulacre ne suppose aucune réalité sous-jacente. Il se veut la seule réalité. Le simulacre dit la vérité aussi, dans le sens où il est «la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai» selon les mots de Baudrillard. Dans le simulacre ne reste qu’une seule réalité, une seule vérité, une seule idole (eidôlon, « simulacre » mais aussi « idole »).

Emmanuel Macron est une accumulation d’imitations. Un acteur, diraient certains.

Emmanuel Macron est un total simulacre. Un illusionniste, diraient d’autres.

Une imitation romanesque

La vie de cet homme de 39 ans a minutieusement été racontée en chanson de gestes par les médias. La province, l’école des Jésuites, la femme de notable séduite, la venue à Paris pour « faire » les Grandes Ecoles, la fréquentation de la banque puis de l’Etat. On cherche quelle rémanence livresque persiste ainsi dans ce parcours de vie si bien disséqué par les embaumeurs médiatiques oeuvrant pour la postérité électorale.

Emmanuel Macron n’est pas shakespearien. Tout au plus ses conseillers Attali, Minc et Hermand, à l’instar des trois sorcières de MacBeth, lui ont-ils sans doute très tôt susurré le « tu seras Roi ».


Emmanuel Macron « présidentiable » pour Jacques Attali.

Non, rien du souffle tragique shakespearien en Emmanuel Macron. Mais l’ancrage bourgeois balzacien, flaubertien, stendhalien aussi. Il est foncièrement dans le pragmatique 19e siècle. Macron est comme les tendres Rastignac ou Rubempré, qui avec le mauvais génie que sera pour tous deux Vautrin, « parviendront », en cynisme. Relire alors d’un autre œil le fantastique monologue de Vautrin fait à Rastignac dans le Père Goriot:  » Ce jour-là vous êtes revenu avec un mot écrit sur votre front, et que j’ai bien su lire Parvenir ! Parvenir à tout prix. Bravo ! ai-je dit, voilà un gaillard qui me va. (…). Savez-vous comment on fait son chemin ici ? Par l’éclat du génie ou par l’adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste. L’honnêteté ne sert à rien ».

Vautrin figurerait tous ces parrains qu’Emmanuel Macron semble avoir collectionné dans sa carrière. Relire aussi Les Illusions perdues qui se situe aussi à la jonction de « la banque » et de l’aristocratie d’Etat. La maîtresse plus âgée, séduite en province, bonne bourgeoisie, avant que le jeune ambitieux « monte à Paris », voilà qui est balzacien encore (Le Lys dans la vallée), stendhalien (Le Rouge et Le Noir), flaubertien (L’Education sentimentale). Sauf qu’Emmanuel Macron échappe au tragique et serait, au final, un Frédéric Moreau marié à sa Madame Arnoux, un Julien Sorel ne finissant pas décapité.

Une imitation politique

Emmanuel Macron semble donc sortir d’un roman bourgeois du 19e siècle. Tout au long de sa campagne, il a semé des indices montrant qu’il copiait aussi, en références parfois légères, souvent lourdes, d’autres hommes de pouvoir. Pour mieux convoquer en ombres tutélaires d’autres parcours et remplir ainsi le grand vide et inconnu politique qu’il est, sans mandat électif, sans assise populaire.

La longue marche à travers la cour pavée du Louvre a évidemment frappé les esprits. Elle était faite pour cela. Tout le monde y a revu un Mitterrand marchant vers le Panthéon, la rose à la main, en mai 1981. Voici pour la République. À la Rotonde, le soir du premier tour, entouré d’amis clinquants, il répondra que c’était là « son plaisir ». Ce siècle avait donc 17 ans et déjà, Louis XIV et son « bon plaisir » pointait sous Emmanuel Macron, pourtant pas encore élu. Voilà pour la monarchie.

Le coup de fil de Barack Obama, opportunément saisi par la caméra du documentaire diffusé par TF1, a pu aussi réveiller dans la mémoire le souvenir de l’ancien président des États-Unis. Un coup de fil comme un passage de flamme, c’est en tout cas ce que la chanson de geste que fut ce documentaire voulait nous faire accroire.

Il y a aussi du Nicolas Sarkozy en Emmanuel Macron. D’abord dans la façon qu’il a eu de montrer son couple comme un argument de vente, les Kooples version politique. On se souvient pourtant, ce n’est pas si loin, de Sarkozy épisode Cécilia, où on voyait cette dernière veiller à ce que son mari ne mange pas trop de chocolat. Présente aussi à toutes les réunions de la campagne, concentrée au premier rang des meetings. Tout à la fois maternelle et repos du guerrier.

Exclusif-Emmanuel-et-Brigitte-Macron-vacances-en-amoureux-avant-l-offensivePrésence en haute et svelte silhouette qui n’est pas sans rappeler celle désormais de Brigitte Macron, qui veille aussi à ce qu’Emmanuel Macron « ne mange pas de cochonnerie » ; qui offre à la Une de Paris Match des photos de femme trophée, avec le passage devenu visiblement obligatoire du maillot de bain.

Le Sarkozy qui pointe dans Macron se retrouve aussi dans la stratégie électorale développée par le nouveau président. Patrick Buisson, le jésuitique conseiller faiseur de président, avait raconté dans son livre comment il avait interrogé de nombreux panels pour déterminer quels étaient les priorités des Français et établir le programme de Nicolas Sarkozy.

Une démarche dont semble s’être inspiré En Marche ! pour établir certains points de son programme avec les fameux comités locaux. Des cahiers de doléances censés faire remonter au futur monarque les inquiétudes du « peuple ».

Mais c’est surtout dans la façon dont Emmanuel Macron appréhende la politique qui le fait le plus ressembler à Nicolas Sarkozy. Tous deux réfléchissent en part de marché. Le peuple pour lui n’est que segments à séduire.

Au Louvre, la programmation musicale le traduisait incidemment: un peu de raï pour la France multiculturelle, un peu de techno pour les jeunes, la BO de « la vie d’Adèle » pour les gays/lesbiennes. Du segment segmentant donc. Rien d’un tout. Du mauvais goût aussi  avec les danseuses désarticulées comme dans un mauvais show à Las Vegas. Nicolas Sarkozy, à côté, faisait presque Précieuses du Grand siècle.

Mais c’est peut-être dans le livre de Roger-Gérard Schwartzenberg, L’Etat-Spectacle, qu’on retrouve l’archétype macronien. Pour l’auteur, l’Etat est aussi un spectacle où tout homme politique est un acteur qui  y tient un rôle pré-écrit : le Common man (Hollande, Truman), le Héros (Churchill, De Gaulle), le Père (Mitterrand, Adenauer). Et au milieu de cet aéropage, campe le Leader de charme qui compte sur son charisme pour conquérir et conserver le pouvoir.

Avant Emmanuel Macron, Lecanuet, Giscard, Chaban-Delmas, Kennedy, Sarkozy, Blair et Obama ont tenté de faire vivre cette pantomime. Le leader de charme a pour programme de renverser l’ordre étable, l’ancien au profit de la jeunesse, déplacer les frontières symboliques, voire prétendre les réinventer. Cette jeunesse lui sert d’ailleurs souvent d’argument total. Pour faire du « neuf », il suffit alors de faire l’exact inverse de son prédécesseur, en termes de communication en tout cas. « Les lignes sont en train de bouger » lit-on partout, oui mais le problème est que le « mouvement » seul semble valoir action et sens. Comme s’il suffisait de toujours tout changer, en mouvement perpétuel, pour donner l’illusion qu’on avance. Une politique de tapis de course, où l’on s’époumonne sans jamais arriver; un mouvement qui désoriente aussi, pour qu’au final « tout change pour que rien ne change ». En marche, certes, mais vers où ?

Avec le leader de charme, c’est le jeune oncle, ou le frère brillant qui vient remplacer le père « usé », « normal ». Au pouvoir paternel vertical, le leader de charme offre une  horizontalité du pouvoir, où chacun se croit associé au pouvoir ou capable d’y être associé, comme les investitures de REM l’ont montré.

Comme l’a montré aussi le documentaire diffusé par TF1. Emmanuel Macron semblait avec son équipe, non pas le chef, mais le « primus inter pares », un leader en « charmitude ». Des jeunes chevelus, camaïeu de gris et bleu marine, lunettes d’écailles comme à son image, ou plutôt à l’image du jeune étudiant qu’il avait été… Un look d’étudiants de grandes Ecoles pour ces jeunes loups, qui cachait mal une morgue certaine. Les médias se sont pourtant attachés à la seule figure de Sibeth Ndiaye, femme, noire, comme pour mieux oublier l’uniformité sociale et ethnique des autres conseillers. Le cas Rachida Dati n’est pas loin.

Le documentaire de TF1 a d’ailleurs été un régal sociologique. La morgue pour les fiches laborieuses de Marine Le Pen lors du fameux débat, ces ricanements difficilement contenus, avaient tout du dédain  aristocratique pour la bourgeoise mal dégrossie, pataude et inélégante. Le lendemain, les médias se sont affligés de cette « vulgarité », « grossièreté », comme si c’était là le problème essentiel avec la candidate frontiste. Simple question : est-ce désormais  comment elle dit les choses qui pose problème et non plus ce qu’elle dit ? Suffira-t-il que quelqu’un énonce, avec toute l’onction et la gracieuseté d’Emmanuel Macron, les mêmes idées frontistes pour que plus personne ne sursaute?

Emmanuel Macron a donc joué son rôle de leader de charme avec talent. Celui qui montait des pièces de théâtre, lycéen, où il mettait en scène et se donnait souvent le premier rôle, le dit simplement : « Évidemment qu’il y a quelque chose du théâtre dans la vie et réciproquement (…). Le processus de civilisation et la vie en société d’ailleurs font qu’on adapte à la personne en face de nous ce qu’on est en train de dire. On cherche à éveiller tel ou tel intérêt on telle ou telle réaction chez elle. Donc il y a ce caractère de représentation dans la vie au quotidien. Quand j’entends les uns ou les autres dire que c’est de la communication ou du théâtre, oui gros ballot, toi aussi ta vie c’est ça ». (Envoyé spécial : « En marche vers l’Elysée »).

Voici là une franchise qui semble être sa marque de fabrique. Par sa façon de la dire, les yeux plantés dans ceux de son interlocuteur, yeux qui s’écarquillent légèrement, qui cillent à peine, comme le serpent Kaa du Livre de la Jungle. Une franchise qui désarçonne, voire sidère les journalistes qui y voient enfin une parole vraie. Elle l’est, c’est là sa force. En opacité. Car dans un monde de mensonge, l’acte est si surprenant qu’on en oublie de s’interroger alors sur ce qui vient d’être dit.

Une imitation christique, un simulacre religieux

Il est arrivé à pied, longuement, dans la nuit, avec des éclairages fugaces, comme ces halos de lumière dans les icônes orthodoxes. Un Deus ex Machina flottant au-dessus de l’eau de la masse agglutinée, qui patientait. L’Hymne à la joie retentissait, « Joie immense, joie profonde, Ombre vivante de Dieu, Abats-toi sur notre monde, Comme un aigle vient des cieux ».

Les médias ne s’y sont pas trompés, « Avec nous est Dieu », Emmanuel en hébreu, a cultivé son image christique. Verbatim à Brigitte Macron « j’ai parfois l’impression de vivre avec Jeanne D’Arc », paroles rapportées par la journaliste Anna Cabana dans un étonnant papier. Emmanuel Macron y a des phrases enluminées et illuminées. « Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé. À la fin, ce sont les voix qu’on crée soi-même ». Ajoutant, dans cette obsession de la synthèse qui semble le caractériser, le fameux « en même temps », mais transcendant celui-là : « Je ne sépare pas Dieu du reste. Je fais le lien entre la transcendance et l’immanence ».

Ou alors y croit-il sérieusement et peut-il ainsi dire, sans ciller « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas ». Effectivement. Mais il la suggère… »en même temps ».

Derrière la communication d’Emmanuel Macron, se trouve ainsi l’agence Jésus&Gabriel (cela ne s’invente pas), agence jusque-là spécialisée dans la publicité commerciale. C’est cette même agence qui est à l’origine du clip de campagne dont le Petit journal avait révélé qu’il était composé de bouts de clips étrangers issus de banques d’images. Tous les protagonistes censés figurer la France macronite étaient en fait des Américains, des Anglais. Certaines de ces images avaient déjà été utilisées par le démocrate américain Bernie Sanders lors de sa campagne de 2016, ou même dans des clips de musique. Pour l’anecdote (significative), cette boîte conseille aussi l’Institut Montaigne… source d’inspiration libérale de Macron.

Au-delà de l’anecdote, ce clip de campagne fait d’agrégats indifférenciés, qui peuvent « vendre » aussi bien un plat préparé, une voiture qu’un candidat, sonne comme l’illustration d’un programme politique « hors-sol », interchangeable, comme le sont les images du clip. Comme le sont les images.

On a dit d’Emmanuel Macron se voulait un président « jupitérien », distant, impénétrable, lançant sa foudre du haut d’un ciel indéchiffrable. Pourtant dans le panthéon olympien, le nouveau président figurerait plutôt Hermés, le juvénile dieu aux pieds ailés, insaisissable et charmeur. Messager des dieux, se plaçant toujours aux carrefours, protecteur des voleurs, des orateurs…et du commerce. Le dieu volatile par excellence en somme. De  Jupiter à Mercure, de Zeus à Hermés, de De Gaulle à Macron. « L’intendance » ne suit plus, elle impose désormais son mouvement au politique et l’élection d’un factotum de la Finance en est l’illustration éclatante.

Un simulacre total

Emmanuel Macron est-il alors si creux qu’il ne se remplit que des imitations auxquelles il s’est essayé ?  Emmanuel Macron est-il aussi un fake president dans un monde dominé par les fake news ? Fake non pas au sens de faux, mais au sens d’imitation. Le mot a ce sens aussi en anglais. Fake est ce qui est copié, joué, imité. Imitation, copie, image, le cas Macron fascine car il est en polysémie constante. Mieux, en amphibologie. Mais une amphibologie politique. C’est là la force de son programme, de sa campagne, de ses mots, cette façon de proposer des choses qui permettent deux sens différents. Une ambiguïté politique volontaire qui, dès lors, peut aboutir à diverses interprétations. Emmanuel Macron ne ment pas, il dit double, triple. Libre à chacun de comprendre ce qui l’arrange.

Peut-être Emmanuel Macron est-il tout simplement le simulacre du politique. Simulacre qui cache que ce pouvoir n’existe plus, sinon dans son illusion, dans sa représentation, dans les élections, dans son décor de théâtre et son décorum, dans ses rites. Simulacre d’un pouvoir politique qui ne peut plus.

Honneur à Baudrillard qui a pu montrer combien ce concept était la caractéristique de nos sociétés en hyper-réalité : Copier, imiter « laissent intact le principe de réalité: la différence est toujours claire, elle n’est que masquée. Tandis que la simulation remet en cause la différence du vrai et du faux, du réel et de l’imaginaire.  C’est le « faux authentique » selon la géniale formule d’Umberto Eco. Ce faux authentique qu’on retrouve dans le verbe du nouveau président, dans sa communication aussi. Avec le simulacre, toute chose est inversée: la représentation est première par rapport à la réalité, et c’est elle qui va décider de la substance de cette même réalité. Le reflet s’impose à la personne reflétée ou la carte au territoire réel. Le simulacre remet en cause la différence du réel et de l’imaginaire. Du Faux et du Vrai.

Le simulacre est « une opération de dissuasion » de toute réalité par « son double opératoire ». Il crée non pas une réalité altérée, comme pour la copie, mais une alter-réalité totale, totalisante. La copie s’inscrit dans la temporalité, elle tente de fixer le souvenir ou fait appel à la mémoire. Le simulacre produit de l’oubli, il enferme dans un présent à perpétuité. La copie en appelle à l’émotion, le simulacre à l’émotivité qui n’est au fond que détachement émotionnel.

De quoi Emmanuel Macron est-il le simulacre ? Le simulacre d’un changement qui n’a pas eu lieu en réalité ? Pas seulement. Le simulacre d’un pouvoir aussi qui n’est plus réellement entre les mains des élus, même du premier d’entre eux, le président de la République. Le simulacre d’une élection enfin. D’ailleurs celle-ci a-t-elle réellement eu lieu ? La question demeure tant on a eu l’impression d’avoir surtout assisté à la validation électorale donc légitimante, d’une sélection qui s’est faite bien en amont.

Emmanuel Macron sur-joue pourtant un volontarisme, qu’il commence tous ces tweets par « je veux que », ou qu’il remonte les Champs Elysées en voiture militaire.  Ellul disait que « plus on parle d’une chose, moins cette chose existe ». Le « je veux » d’Emmanuel Macron serait-il donc que le signe de l’impotence du pouvoir? Là aussi, simulacre d’un Etat impuissant, « dieu boiteux » qui devient immobile, statufié, idole de dorures au nouveau visage avenant.

Hassina Mechaï

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