Lorsque l’État économise sur l’avenir
Sous un autre angle - Chronique de Stéphane Bugat

Lorsque l’État économise sur l’avenir

15 janvier 2018
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Sous un autre angle. La chronique hebdomadaire de Stéphane Bugat.

Ce sont quelques-uns des dossiers qui occupent le devant de l’actualité et révèlent, assez tristement il faut le dire, les carences de l’État.

Soit son manque de vision, de volonté et/ou de capacité à se projeter vers l’avenir, soit sa propension à se laisser enfermer par les difficultés budgétaires, soit encore ce réflexe désolant qui consiste à prétendre tout régler par une infernale accumulation de lois et de textes administratifs dans le dédale desquels personne ne se retrouve plus.

Notre-Dame-des-Landes : l’interminable feuilleton

C’est promis, d’ici à la fin du mois, le président de la République et, si ce n’est lui, le Premier ministre prendront une décision quant à la réalisation ou à l’abandon du projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Probablement l’aéroport non construit le plus connu du monde qui concerne deux régions, les Pays-de-Loire et la Bretagne. Il y a plus de quinze ans que l’affaire est engagée.

Pour les milieux économiques et pour la plupart des élus des territoires concernés, mais aussi pour la population si l’on en croit le référendum qui a obtenu plus de 55% d’avis favorables, cette réalisation est indispensable.

 

ZAD

 

« Nous pouvons être une porte ouverte sur l’Europe ou un cul de sac, » résume le président de l’association « des ailes pour l’ouest », ardent défenseur de Notre-Dame-des-Landes.

On pouvait assurément émettre un certain nombre de réserves sur l’emplacement, qui n’est pas exactement équidistant des deux principales villes alentours que sont Nantes et Rennes, sur certains choix techniques et surtout sur le caractère privé de l’opération, qui promet de confortables bénéfices au groupe de BTP Vinci.

Mais ces considérations ne sont plus vraiment de circonstances, puisque ceux qui mènent aujourd’hui la résistance contre Notre-Dame-des-Landes, les fameux zadistes, le font essentiellement pour des raisons idéologiques.

Ils se revendiquent altermondialistes et s’ils occupent les lieux c’est au nom d’un autre modèle de développement, avec lequel on produirait et on vivrait autrement, laissant ainsi les avions cloués au sol.

Le problème, c’est que l’État a laissé pourrir la situation. Avant même qu’il soit à l’Élysée, François Hollande avait été alerté sur le caractère sensible du dossier. Il en a tiré une leçon bien à lui ; surtout ne rien décider, ne pas bouger, attendre et voir. On a vu.

La situation n’a cessé de se tendre, au point que Bernard Cazeneuve, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, conforté en cela par les multiples rapports de police, confirmés depuis, s’était convaincu que l’évacuation de la ZAD ne pouvait se faire en douceur et même que la pire violence était à redouter, avec d’éventuels effets dramatiques.

L’actuel pouvoir exécutif, à son tour, a donc hérité de la patate brûlante, ce dont il se serait bien passé, on peut en être certain.

Car le sempiternel « en même temps » d’Emmanuel Macron ne suffira pas à régler l’affaire.

Que peut faire le gouvernement ? 

C’est un rude piège qui s’est refermé sur lui. Il a déjà tenté d’isoler le cas des zadistes, en laissant entendre que leur évacuation interviendrait indépendamment de la décision sur l’aéroport. CQFD.

Reste que si sa décision consiste à abandonner le projet, elle sera interprétée comme un triomphe des zadistes qui s’empresseront de reproduire ailleurs ce type d’actions, face à un pouvoir incapable d’imposer sa volonté, bien qu’elle soit, en l’occurrence, confortée par 179 décisions de justice.

L’autre issue esquissée par la mission confiée à trois « médiateurs » n’est pas davantage rassurante, même si elle semble avoir les faveurs de Nicolas Hulot dont il se dit qu’il mettrait même sa démission dans la balance, une fois de plus.

Elle consisterait à abandonner Notre-Dame-des-Landes en transférant le trafic attendu vers une seconde piste, ajoutée à l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique.

Une formule qui n’offre ni assurance financière, ni garantie juridique, mais qui, en revanche, présenterait bien des inconvénients, notamment en termes de nuisances, avec le survol de zones habitées et même d’une zone Natura 2000 devant être justement protégée.

SNCF : une réputation défaite

A défaut de pouvoir apprécier les performances de Notre-Dame-des-Landes, on a eu souvent l’occasion, ces derniers temps, de juger sur pièces des défaillances multiples de notre valeureuse SNCF.

Sans même parler des accidents, il est ici fait référence à la manière dont le moindre incident technique peut se traduire par une véritable paralysie du réseau ferré, ou encore à la multitude des disfonctionnements qui contraignent les clients à supporter les retards et autres annulations comme leur lot quotidien.

L’explication d’ensemble est connue. Depuis le début des années 80, la SNCF a concentré ses efforts sur les lignes à grandes vitesses et sur notre légendaire TGV, certes performant et offrant une sécurité à toute épreuve, mais d’un coût d’installation et de fonctionnement particulièrement élevé.

C’est la raison pour laquelle son exportation est loin de ce qu’on en espérait.

Et c’est pourquoi les lignes intermédiaires ont été plus ou moins sacrifiées, les efforts consentis sur les TER ne tenant qu’aux apports méritoires des régions qui en ont maintenant la charge.

Pour autant, les comptes de la SNCF sont encore plombés par une dette de plus de 50 milliards d’euros justement, surtout imputable au TGV,  dette qui ne cesse de s’accroître.

Du coup, Guillaume Pépy qui est à la tête de la maison depuis une dizaine d’années et qui préfère manifestement s’entourer d’énarques, plutôt que d’ingénieurs, privilégiant la gestion à court terme et le marketing, a négligé les simples travaux d’entretien et de mise à niveau du réseau.

 

 

Et il a fallu bien des incidents avant que le gouvernement s’avise qu’il était plus que temps de renverser ces priorités.

Pas d’avenir sans infrastructures.

Le problème, c’est que ce service minimum ne suffit pas à préparer l’avenir.

Un avenir qui annonce, pour des raisons tenant aux évolutions démographiques mais aussi à celle des comportements de usagers, une forte progression de la fréquentation des transports en commun.

C’est en tout cas la conviction de la FNAUT (Fédération Nationale des Usagers des transports), selon laquelle « les besoins en transports ferroviaires vont augmenter de 50% en quinze ans, en particulier sur les longues distances. »

Bref, il ne faut pas lésiner sur la réalisation de nouvelles infrastructures, pour les transports urbains comme pour les liaisons entre régions.

Autrement dit, « la pause » invoquée par Elisabeth Borne, la ministre des Transports, au terme des Assisses de la mobilité dont elle avait pris l’initiative, est des plus malvenues.

S’ils n’ignorent rien de la lourde dette de la SNCF, qui n’est certes pas la seule à laquelle l’État doit faire face, les responsables de la FNAUT considèrent cependant qu’il est encore possible d’emprunter tant que les taux restent très faibles, de peser davantage sur la taxe sur l’essence, ou encore de piocher dans les réserves de la Caisse des Dépôts, réserves sur lesquelles ils se font peut-être quelques illusions.

En tout cas, leur conviction est que la pire décision consisterait à ne pas en prendre, l’attentisme et l’immobilisme étant le pire moyen de préparer l’avenir, en terme d’infrastructures de transports comme en bien d ‘autres domaines.

Vers une énième loi logement

C’est pourtant- ce qui s’annonce. La bonne gestion, nous dit-on, consiste à dépouiller l’État de ses atours et de ses responsabilités, au nom de la bonne gestion et de distribuer des subsides aux entreprises sans pousser l’impudence jusqu’à en attendre un retour, par exemple en terme d’emploi.

Nicolas Sarkozy s’y est essayé, François Hollande s’y est engagé plus franchement encore avec sa théorie de l’offre devant suppléer à la demande.

Emmanuel Macron, quant à lui, s’applique à creuser plus profond ce sillon.

Ainsi, pour ce qui concerne le logement, après avoir admis qu’il y avait un véritable problème dans notre beau pays de France où les mal-logés ou pas logés du tout se comptent par millions, après avoir baissé les aides imposant aux organismes HLM de compenser à leurs frais par des baisses de loyers, le gouvernement nous annonce une loi sur le sujet.

Ce n’est ni la première – et c’est peu dire – ni la dernière. Tout n’en sera sans doute pas à jeter.

Reste que personne n’imagine qu’une telle loi soit de nature à régler les problèmes aussi lourds et complexes que ceux qui ont conduit à l’actuelle pénurie, tout au moins à l’inadaptation du marché.

Simplement, elle permettra d’occuper le terrain politique et d’attirer l’attention de l’opinion. Ce sera bien assez, avant de passer à autre chose, et sans s’inquiéter des résultats réels. D’ailleurs, personne ne prendra la peine de les estimer. Tant d’autres lois se seront déjà ajoutées, sur tant d’autres sujets.

Stéphane Bugat 

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