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Redha Benabdallah, l’oudiste à cordes égales

13 août 2017
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Redha Benabdallah, l’oudiste à cordes égales

Redha Benabdallah, musicien, a reçu le premier prix de Kwitra lors  du Festival International des Musiques Anciennes et Andalouses d’Alger. Rencontre avec un prodige du oud.

Né à Alger en 1987, c’est à Bourges qu’il grandit. Celui qui ne se prédestinait pas à l’art a commencé très jeune à danser.

Barbe taillée, l’homme est élégant. Il a l’air d’un dandy dans sa redingote bleu. Son élégance se retrouve certainement dans sa façon d’exercer son art.

« Savoir d’où l’on vient pour aller plus loin »

L’Algérie va marquer sa trajectoire. À travers les danses traditionnelles telles que la alaoui ou le karkabou, il n’oublie pas d’où il vient. “J’ai suivi mes amis” dit-il en voulant se justifier…comme s’il fallait se justifier.

Il enchaîne avec sa raison de vivre, la guitare, véritable compagnon de route. Un choix qu’il fait sous l’égide de Rachid Guerbas, musicien-musicologue franco-algérien et professeur de musique arabo-andalouse au Conservatoire de Bourges.

Il est à l’origine de la création du Festival International des Musiques Anciennes et Andalouses d’Alger et de l’Ensemble National Algérien de Musique Andalouse dont il fut le chef pendant plusieurs années.

C’est à huit ans qu’il rejoint l’association El Qantara. Implantée dans les quartiers Nord de Bourges, El Qantara a été créé après la Marche pour l’égalité de 1983, rebaptisée « Marche des beurs » par les médias.

Co-fondée par Pierre-André Effa, un homme passionné, « un second père pour moi à qui je dois beaucoup », l’association ouvre le champ des possibles au foisonnement des cultures traditionnelles et classiques en danse et en musique.

Ainsi, il fera de sa vie une action de promotion de la musique: “ les Français sont beaucoup plus proches d’un Maghrébin que d’un Finlandais. J’aimerais que la fierté des Maghrébins s’entende dans la musique. À eux aussi de savoir d’où ils viennent”, clame le jeune musicien.

Il décide, alors, de se lancer dans des études de musicologie à Paris-Sorbonne. Il obtient sa licence de musicologie en 2009, son master en 2011, avant de décrocher son doctorat en musicologie en 2015.

C’est un parcours sans faute que nous offre l’artiste.

Son travail thèse porte sur le répertoire de la nawba algéroise et plus précisément sur les pièces vocales, classées dans les 16 modes et réparties dans cinq mouvements rythmiques.

Son analyse est essentiellement fondée sur le « ṭab’ » ou « modes » afin de comprendre comment fonctionnent les seize modes de la nawba à Alger et comment les différencier.

Enfin, il propose dans son annexe, les transcriptions complètes du corpus sous forme d’un diwan ou recueil mélodique, à partir du classement scientifique mélodique. près ses quatre ans de thèse, il ne retient qu’un exemple vivant, Zerrouk Mokdad.

 

“Quand j’étais plus jeune, j’écoutais énormément de chaabi, tout le temps à fond. C’est grâce à ça que je me suis aussi lancé dans la musique,” avoue-t-il finalement. Le jeune timide qui porte un pull d’hiver typique au motif reconnaissable, se lâche enfin.

En remettant en question un répertoire, il a également remis en question certaines pratiques conservatrices “on ne touche pas à ce que les maîtres ont dit”.

Il rappelle que la proposition n’a pas de volonté de remplacer ou de corriger les maîtres, mais de proposer une alternative.

Son sujet de thèse se fonde sur la nawba, une suite musicale composée de pièces instrumentales et vocales jouée dans les pays du Maghreb et s’appuyant sur le corpus poétique maghrébo-andalou à partir du 11e siècle, qui plu est algérienne.

Le mot nawba, littéralement « à tour de rôle », signifiait au temps d’al-Andalûs les musiciens-troubadours jouant à tour de rôle leur musique dans les Palais.

“Je me sens d’abord musicien. Je suis algérien et français, mais c’est surtout la culture qui m’importe. Je suis peut-être régionaliste, je suis également fier de ma ville d’origine,” déclare-il solennellement.

Il doit tout à ses parents. Tous deux algériens, mère boulangère et père actuellement à la retraite, ils voient leur fils grandir et l’accompagnent dans ses choix musicaux.

En 2009, il se rend seul en Algérie. Une façon de retrouver ce pays tant aimé, mais aussi de rencontrer du monde et d’enrichir son approche de cette culture.

Un projet d’une vie

Son parcours de musicien prend son envol. Il reçoit ses premières récompenses et joue dans de grands ensembles. Premier prix international de kwîtra en 2006, au Concours International de kwîtra au Festival international d’Alger, il participe avec l’Ensemble Albaycin à des concerts en France et à l’étranger.

Il donne également un concert avec l’Ensemble National Algérien de Musique andalouse, en décembre 2009, lors du Festival International à Alger. La nawba algérienne n’a plus de secret pour lui.

Être artiste au conservatoire : faire bouger les idées novatrices

Et pour mettre toutes les chances de son côté, il s’efforce de se donner les moyens.

“400 euros, ça peut paraître peu pour un instrument mais à notre époque c’était beaucoup”, l’investissement sur le long terme l’a bien servi. Celui qui a plusieurs cordes à son arc, reprend un projet de l’association El Qantara, sa maison-mère .

En 2013, il crée la classe de musique « arabo-andalouse », au Conservatoire de Roubaix, reprise cette année par Fatine Garti musicienne-musicologue marocaine, et notamment violoniste classique et arabo-andalou.

Il rappelle que cette musique est européenne, née d’une passerelle commune entre l’Europe et le Maghreb.

Elle a donc tout à fait sa place au conservatoire. Ce n’est pas une musique étrangère. Il est reconnaissant envers les personnes qui l’ont accompagnées.

“ C’est une richesse de maîtriser ce secteur. C’est davantage une bonne chose qu’une difficulté sachant qu’il y en a beaucoup qui sont intéressés. J’ai eu beaucoup de chance.”

Il se reprend et insiste sur une chose très embêtante: “le cachet musique orientale, c’est insupportable”. Les personnes sont importantes, tout comme les termes employés !

“Les gens doivent faire l’effort d’apprendre de nouveaux termes ou d’utiliser les bons”, relève-t-il avec passion.

À Paris, il allie voyage et poésie en donnant quelques cours. Avec son compagnon de jazz, Maher Beauroy, il enregistre un album qui sortira en 2017 avec leur projet INSULA.

Ce projet se décline des projets standards en proposant une collaboration entre musique maghrébine et jazz caribéen.

Au cœur du projet ? La majestueuse figure de Frantz Fanon : “ Frantz Fanon, je ne le connaissais pas, Maher m’en a parlé et Frantz Fanon est apparu comme le lien parfait entre l’Algérie et la Martinique”.

Pendant ce temps, il continue à mettre en avant un instrument méconnu, la kwîtra algérienne, par des concerts, des conférences ou encore des master-class.

Yousra Gouja

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