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Place Publique : « Le ‘no-limit’ dans un monde fini est un non-sens »

21 novembre 2018
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Place Publique : « Le ‘no-limit’ dans un monde fini est un non-sens »

Jeudi soir, Place publique organisait son premier meeting. Un lancement à Montreuil (Seine-Saint-Denis), visiblement réussi. Défendre la démocratie et plaider pour une écologie de l’urgence, Place publique peut-il trouver un ancrage politique ? Farid Benlagha, chef d’entreprises et membre fondateur du mouvement, a répondu à nos questions. 

N. H-M: Vous lancez un nouveau mouvement, Place publique. Concrètement, pourquoi cette démarche ?

Chef d’entreprises, administrateur de Bibliothèques Sans Frontières, membre fondateur de Place Publique

Farid Benlagha : Aucune structure ne répondait à nos envies ou à nos attentes. Ce que l’on considère comme être un guide en termes politiques. On voulait donc créer une nouvelle offre en phase avec nos envies.
Nous ne voyions pas de structure aujourd’hui qui aurait pu nous donner envie de nous engager dans un parti. Il y a un manque d’adéquation avec nos attentes.

Place Publique est parti de la réflexion d’une poignée de personnes. Elles ont toutes été sollicitées par plusieurs écuries politiques. Mais elles ont préféré se rassembler en voulant rompre avec la logique habituelle à savoir comment aller décrocher un poste sans même se préoccuper de produire des idées et proposer des solutions.

N. H-M: Vous n’êtes pas le premier mouvement composé des désillusionnés de la politique. Qu’apportez-vous de nouveau, voire de « disruptif »…

F. B. : L’idée est de bâtir une plateforme d’idées avant tout. Notre démarche est à la fois très théorique, mais elle repose aussi sur des solutions concrètes.

Nous en avons déjà recueilli certaines, et nous allons continuer de glaner plusieurs solutions aux enjeux actuels, à l’échelle nationale, européenne, et même pourquoi pas aller à l’échelle mondiale. L’enjeu climatique étant une question internationale.

N. H-M:  Il y a un mot qui vous définit, c’est l’urgence, celle d’agir…

F. B. : Oui, c’est le mot-clé de ce mouvement. Nous voulons remettre les idées et les actions au cœur du mouvement en se focalisant sur ces urgences. Nous avons identifié quatre urgences essentielles dont l’urgence climatique et écologique.

La question est simple. Comment sauver notre planète ? La date de 2030 a été avancée par le GIEC. Concrètement, c’est le moment où l’on va passer dans la catastrophe.

Un certain nombre de données montrent que le réchauffement climatique, fonte des glaciers, etc. va provoquer des conséquences sur lesquelles l’on ne pourra plus agir. Il y a un effet domino qui sera incontrôlable. On a 12 ans pour agir.

N. H-M: La question écologique doit nous pousser à remettre en cause notre modèle capitaliste…

F. B. : La production à outrance, le fait de sur-consommer des produits fabriqués à des milliers de kilomètres…Oui, tout cela concerne le système ultralibéral, la consommation des ressources à outrance. Le « no-limit » dans un monde fini est un non-sens.

N. H-M: En même temps, les puissances émergentes veulent leur part du gâteau. Surtout, elles ne veulent pas payer les pots cassés par les puissances occidentales qui ont accéléré le désastre écologique…

F. B. : Il y a effectivement une équation à trouver entre puissances émergentes et les pays riches. Mais, soyons clairs. Les 7 milliards d’habitants ne pourront pas avoir le même rythme de vie effréné que les plus aisés avec le système actuel.

C’est pourquoi, il faut totalement repenser le modèle capitaliste. Il y a des solutions qui ne viennent pas d’en haut. Justement, sur le terrain, des gens créent des alternatives. Place Publique veut les mettre en avant.

Ce sont eux nos porteurs de causes. D’un côté, nous avons des idées fondatrices et théoriques, résumé à comment changer de modèles, et de l’autre, des solutions pratiques sur le terrain. Place Publique veut marier tout cela.

D’ailleurs, on ne veut pas de simples politiques professionnels. On veut des gens qui réfléchissent et d’un autre coté des gens qui agissent.

N. H-M: Raphaël Glucksmann refuse de se caler sur les échéances électorales. Tôt ou tard, ce mouvement devra trouver une traduction…

F. B. : Nous lançons un mouvement politique. Mais, nous refusons de nous enfermer dans une trajectoire classique d’un parti. On veut prendre le temps de construire en allant à la recherche des bonnes idées et solutions.

Si, il y a une adhésion massive, oui alors on prendra une position par rapport aux élections.
La légitimité d’idées et de solutions avant les élections. Une fois que nous aurons synthétisé tout cela, on établira un corpus et l’on s’intéressera alors aux échéances électorales.

Notre idée n’est pas d’aller créer une liste de plus aux Européennes. Mais de créer du contenu intelligible pour fédérer.

N. H-M : Et en même temps, les élections européennes, c’est demain si l’on peut dire…

F. B. : Nous sommes avant tout focalisé sur les urgences. On doit effectivement être dans une position favorable pour pouvoir se positionner. C’est pour cela que l’on a fait ce meeting jeudi soir.
Mais nous sommes guidés par une échéance plus globale. Notre enjeu est de fédérer rapidement face aux urgences que nous devons affronter.

N. H-M :  Vous avez lancé une campagne de financement. À quoi doivent servir cet argent ?

F. B. : Oui, il y a cette campagne d’appels aux dons, mais nous nous mobilisons tous à notre niveau personnel. Après, ces fonds vont servir à financer les déplacements en France, les rassemblements et tous les outils de communication. On ne peut pas le faire seuls.
Ce mouvement est lancé depuis Paris. Comment le transposer hors des cercles parisiens, mais aussi blancs ?

Ce mouvement a été créé par un certain nombre de personnes. Quand on voit la matrice idéologique, ou ce qu’ont déjà fait les initiateurs, c’est totalement ouvert.

Nous voulons que chacun apporte des solutions et pas seulement à Paris ! Nous avons d’ailleurs de nombreux non-parisiens parmi les membres-fondateurs du mouvement. Et le déploiement national va rapidement s’amplifier.

N. H-M : Comment allez-vous, par exemple, attirer les habitants des banlieues ou les ruraux ?

F. B. : Nous voulons valoriser l’action de terrain. Tout est totalement ouvert. Dans les quartiers populaires, on sous-estime l’énergie et l’inventivité des habitants.

L’idée est que ces différentes populations participent dès maintenant au mouvement et pas au moment où il y aura besoin de caution « diversité » !

Au-delà du renforcement massif du système éducatif dans ces quartiers, et d’une inclusion économique à démultiplier, nous devons leur adresser une parole claire : « la France a besoin de vous ».

Par ailleurs, la répartition des votes lors des dernières élections a montré le schisme qui existe entre les habitants des villes et des zones rurales.

Refaire du commun, refaire « France » entre ces différentes populations est un impératif absolu. D’autant plus que beaucoup de solutions sont à chercher dans ces zones rurales. Nous devons donc aller chercher ces actrices et acteurs de terrain et leur donner la parole, le pouvoir.

N. H-M: Le terme « bienveillance » est devenu une valeur très revendiquée. Vous, vous parlez de « sincérité ». Est-ce possible en politique, cercle où la stratégie règne en maître ?

F. B. : Je souhaite que des personnes qui soient dans l’action concrète s’engagent. Place Publique est un mouvement qui compte drainer des personnes sincères pour être dans une forme d’horizontalité et non de verticalité. On n’est pas dans des calculs stratégiques. Cette sincérité doit se concrétiser à travers une prise de parole importante sur les inégalités sociales, par exemple.

N. H-M: Place Publique est-il un mouvement de gauche ?

F. B. : C’est un mouvement dans lequel beaucoup se revendiquent de gauche. Malheureusement, ces trente dernières années, la gauche a trahi ses valeurs.

Aujourd’hui, c’est difficile de se revendiquer de gauche. Place publique repose sur une démarche de gauche, mais pas seulement. La question n’est pas le positionnement politique, mais la façon dont les urgences seront réglées et les solutions mises en pratique.

Il s’agit avant tout de proposer une offre qualitative. Nous sommes déjà à 10 000 membres. Il y a un engouement. Beaucoup d’élus, de bords très différents, nous ont fait part de leur intérêt. Je pense que cela va se multiplier.

Ces élus locaux ne vont pas s’en sortir avec un parti qui risque de faire 5% aux prochaines élections. Ils sont intéressés par une démarche qui consiste à fédérer.

N. H-M: Sauf que les places sont chères…

F. B. : Oui c’est certain, mais on verra à ce moment-là.

 

Propos recueillis par Nadia  Henni-Moulaï

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