#ToujoursCharlie en Seine-Saint-Denis ? Laissez-nous tranquilles !
Opinion

#ToujoursCharlie en Seine-Saint-Denis ? Laissez-nous tranquilles !

30 décembre 2017
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TRIBUNE. 3 ans après la tuerie de Charlie Hebdo, le Printemps républicain organise, le 6 janvier 2018, un après-midi de débats et une soirée festive aux Folies Bergères.

Le nom de cet évènement est #ToujoursCharlie. Ainsi ils vont tout au long de l’après-midi décliner ce que c’est qu’être #JeSuisCharlie.

Il y aura #JeSuisCharlie dans le monde, #JeSuisCharlie dans les services publics, des féministes #ToujoursCharlie et qu’est-ce qu’être #JeSuisCharlie… en Seine-Saint-Denis.

Oui, une table ronde est consacrée exclusivement à notre département. L’on voit bien le postulat : est-ce qu’il est possible d’être Charlie en Seine-Saint-Denis, réponse NON et pourquoi ? Parce qu’islamisme politique et radicalisation, etc. La boucle est bouclée.

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Trois ans après le drame de Charlie Hebdo, les organisateurs de cette journée (dont Charlie Hebdo, mais aussi l’hebdomadaire Marianne, Femmes Solidaires) continuent de donner cette injonction à être Charlie, mais elle est, comme on le voit, réservée aux quartiers populaires de Seine-Saint-Denis. Sous-entendant que dans ce département, il y aurait eu une indifférence générale lors de ce triste jour de janvier 2015.

Or, comme le rappelait le philosophe Jean-Michel Longneaux « être Charlie », c’est aussi « croire que toutes les cultures partagent nos codes, notre sens de l’humour et que, si ce n’est pas le cas, elles devraient y tendre puisque nous détenons la vérité sur les bonnes conduites. »

En effet, il y aurait eu une façon unique de témoigner sa douleur ce jour-là, faisant fi des critiques qui pouvaient exister, et qui étaient légitimes sur ce journal et l’évolution de sa ligne éditoriale.

Comme le rappelait un journaliste à l’époque « on n’a pas besoin de dire  Je suis Charlie pour partager la peine des familles ».

Car s’il est un fait incontestable, c’est que Charlie Hebdo visait particulièrement l’islam et les musulman.e.s. À son droit de caricaturer, beaucoup opposent leur droit à le critiquer.

Par ailleurs pour celles et ceux qui nous répondront que toutes les croyances sont visées, n’oublions pas que « dans un monde d’inégalités, se moquer à égalité de tous sert les plus forts » comme l’a écrit Saladdin Ahmad dans une tribune du New York Times.

Le tout dans un contexte où les Zemmour et autres Finkielkraut sont sur toutes les antennes déversant leur racisme et leur haine de l’islam donnant alors l’impression à des millions de nos concitoyen.ne.s qu’ils et elles n’appartiennent pas vraiment à la Nation.

Passons sur le fait que de nombreux dictateurs étaient présents lors des cérémonies du 11 janvier au nom de Charlie Hebdo, ce qui fût vécu comme une insupportable récupération.

Alors oui, en Seine-Saint-Denis puisque c’est de cela et de nous dont il s’agit, nous revendiquons le droit de témoigner notre deuil et notre douleur comme bon nous semble, et jamais nous ne céderons à vos injonctions.

Jamais nous ne vous laisserons dire ou supposer que les habitant.e.s de Seine-Saint-Denis sont, par essence, insensibles au sort qu’a connu une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, mais aussi les centaines de victimes du terrorisme qui ont suivi. Comme nous le disions récemment dans une autre tribune, qui finalement vous était aussi adressée, laissez-nous tranquilles, ne vous servez pas de nous pour soigner vos névroses identitaires et islamophobes.

Car oui, le postulat selon lequel on ne peut pas « être Charlie » en Seine-Saint-Denis contient un présupposé islamophobe compte-tenu de la sociologie de la population. Cette population, nous l’aimons, dans toutes ses diversités, à travers toutes ses identités. Nous y vivons, et jamais comme le faites à longueur d’année, nous ne la stigmatiserons.

Enfin après avoir vu votre programme, nous avons été convaincus que vous faisiez la chasse aux « non Charlie », comme en témoigne la présence lors de cette journée à vos côtés de la journaliste Nathalie Saint-Cricq qui demandait à l’époque de « repérer et traiter ceux qui ne sont pas Charlie ».

Soulignons aussi la présence annoncée de Manuel Valls à vos côtés, lui qui évoquait récemment « le problème de l’islam, des musulmans » en France.

#ToujoursCharlie c’est tout un programme !

Signataires : 

Asif Arif, avocat au barreau de Paris, résident en Seine-Saint-Denis.

Bally Bagayoko, adjoint au maire de Saint-Denis.

Sébastien Banse, journaliste, Saint-Denis.

Maxime Benatouil, militant de l’UJFP, Montreuil.

Brahim Benramdan, conseiller municipal à Bagnolet.

Jean Brafman La France Insoumise, militant associatif et antiraciste.

Youcef Brakni, militant des quartiers populaires, Bagnolet.

Fethi Chouder, adjoint au maire d’Aubervilliers.

Arlindo Constantino Militant Insoumis, anti-raciste, ex-actupien, Bagnolet.

Aurélien Denizeau, doctorant en relations internationales, Noisy-Le-Sec.

Mounia Feliachi, militante libertaire et enseignante, Gagny.

Séverine Fontaine, enseignante à Bagnolet.

Jean-Riad Kechaou, enseignant, Montfermeil.

Marie-Anne Paveau, enseignante-chercheuse à l’université de Paris 13 à Villetaneuse.

Laurent Levy, essayiste, militant antiraciste, Les Lilas.

Lynda Medakria, Saint-Denis.

Madjid Messaoudene, élu de Saint-Denis en charge de la lutte contre les discriminations.

Slimane Tirera, directeur de NewVO Radio, Épinay-sur-Seine.

 

10 Comments

  1. Corinne Benabdallah

    Je suis fière d’être du 93 et fière de notre diversité.
    LE drame de Charlie Hebdo m’à bcp peiné mais manifester le 11 janvier 2015 à côté de dictateurs comme Netanyahu m’etait impossible pr moi. On était plusieUrs à avoir rendu un hommage personnel aux morts de CH et à la liberté d’exprestion dans notre ville !

  2. helene Hazera

    les intégristes catholiques qui ont attaqué des protestants en Belgique vous n’en dites rien, bien sur. Et Delfeil de ton qui parlait de Charlie « limite raciste » ça vous dit rien non plus.

  3. Poupougne

    Etre charlie c’est etre un vendeur de camelote, ou un consommateur. c’est selon.
    La débilité il n’y a qu’à se baisser pour en trouver et on tache de l’éviter en passant son chemin.
    Quand on ne l’achète pas on a l’impression de se faire avoir. quand on l’a paye elle se met à avoir de la valeur.

  4. Poupougne

    Qu’est-ce que vous faites dans la vie.
    Je vends de la débilité.
    Mais ça s’achète ça.
    Bien sur. Puisque c’est payant. Lol.

  5. Poupougne

    Ils ne peuvent pas vous laisser tranquille. Sans vous ils ne sont rien.
    Vous etes leur thème et donc leur gagne pain, sans vous ils ne sont rien.
    Eux sont le parisianisme, l’entre soi qui parle des autres.
    Je préfère et de loin écouter les jeunes. Ils ont une conscience politique, ils s’intéressent à la société et on ne la leur fait pas.
    Mais depuis son monde le parisianisme pense qu’il n’y a que lui qui soit à meme de le faire et que sa parole est la messe.

  6. QUILLOT CHANTAL

    Touriste française en 2015 à Tunis j’ai participé à la marche, suite aux attentats terroristes du musée du Bardo, avec 100000 tunisiens et tunisiennes autour de moi, qui me disaient : »Madame, aujourd’hui on est Charlie-Bardo ».

  7. Undyonisien

    La Seine-Saint-Denis est diverse. Elle est la France. La stigmatiser d’une façon ou d’une autre est abjecte. Maintenant, répondre à une connerie par un texte aussi nul, c’est dommage. Charlie Hebdo n’est pas plus islamophobe que vous êtes intelligents. La satire, ce n’est pas pour vous, point. Mais la satire, c’est la France depuis longtemps. Et le 93 aussi aime la satire. Les grandes gueules du 93 ne le représente pas forcément. Ce sont ceux qui parlent les plus fort, c’est tout. Perso, Charlie ne me dérange pas. Ils représentent une tradition française et c’est bien comme ça. Personne n’est obligé d’aimer ou de lire Charlie. Donc, si ça ne vous plaît pas, passer votre chemin et oubliez-les. Mais laissez-les vivre. Et arrêtez aussi de les considérer comme islamophobes : c’est absurde et ne vous grandit pas. Il faut savoir se montrer intelligent de temps en temps…

  8. Fania

    L’équivalent d’une meme entité au Maghreb mais à l’endroit d’une autre confession comment on appellerait ça?

  9. Poupougne

    Undyonisien. Accepter la raillerie soit, mais là ou ça ne va pas c’est qu’il semble que ça doive etre à sens unique.
    Et ça, ça ne va pas du tout.
    Vous, moi, n’importe qui sommes libres de les railler également.
    Enfin. Dans un monde normal on devrait pouvoir le faire sans etre montré du doigt.
    La liberté de railler est pour tout le monde, elle n’est pas un monopole.
    Si je me mets à dire un truc, que l’on se mette à me railler et que je me mette à répondre vous n’etes pas Poupougne, plutot que de répondre, je n’aime pas etre raillé. Vous allez penser que je suis barré.
    Moi ce qui me chagrine c’est la sommation. Il faut etre Charlie.
    On trouve ça naze ou super. Les gouts on s’en fout.
    Enfin normalement on devrait.
    Mais ce qui ne va pas c’est aimer railler et ne pas supporter de l’etre.
    C’est contradictoire. Et donc Charlie n’est pas Charlie.
    Dès lors que l’on s’exprime, que l’on dessine, que l’on écrive, que l’on parle on ne peut que l’accepter. L’un ne va pas sans l’autre.
    Ca n’existe nulle part, pas meme dans les dictatures. On ne peut pas empecher les gens de penser ou de parler entre eux.
    Je viens de m’exprimer. Quelqu’un peut penser que tout est à jeter. Que c’est de la merde. Je n’ai pas à exiger qu’il me vénère en me disant je suis Poupougne. Il doit pouvoir me dire s’il en a le désir, c’est de la merde.

  10. Pingback: Enseignant.e.s en Seine-Saint-Denis, nos inquiétudes face à « l’esprit Charlie » | Réseau International

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