Le paysan, le boulanger et le banquier
eco&politique

Le paysan, le boulanger et le banquier

20 avril 2018
573 views
0 Commentaires
8 minutes read

Nombreux justifient les pratiques bancaires par cette phrase : la rente financière est une manière comme les autres de faire du profit.

Au contraire, l’éthique religieuse, notamment des trois Livres monothéistes, interdit la marchandisation du temps et la rémunération purement financière du risque de défaut des uns et des autres.

Comment en est-on arrivé à cette main-mise du monde de la finance sur le reste de la société ?

La guerre contre l’usure est une cause du choc des civilisations…

L’usure est le fondement de notre économie capitaliste. Pourtant, elle est fortement interdite dans les trois Livres monothéistes, faisant des instigateurs de ce système bancaire des « ennemis du bien commun ».

L’éthique religieuse, bien plus que les tribuns politiques populistes, se pose en protectrice contre les excès de la Finance.

Après la défaite du communisme sur le capitalisme, la dernière religion monothéiste, a pris le relais dans le choc des systèmes. N’est-ce pas la face usuraire de notre économie la vraie cause du choc des civilisations ?

La fable du boulanger et du paysan

 

La fable du boulanger et du paysan permet de comprendre le schéma du rapport de forces entre les responsables du système financier et la masse des travailleurs.

Imaginons une situation impliquant un boulanger qui fabrique du pain, et un paysan, cultivant le blé nécessaire pour produire ce pain. Le boulanger produit son bien quotidiennement, et le paysan produit son blé annuellement.

Sans ce pain, le paysan ne pourrait plus se nourrir et éprouverait donc du mal à produire son blé. Sans la future récolte de blé, le boulanger ne pourrait plus continuer son activité.

 

Imaginons qu’au milieu de l’année, le paysan est exceptionnellement à court de blé après avoir vendu tout son stock au boulanger.

Dans une démarche éthiquement acceptable, le boulanger se doit de faciliter la vie du paysan en lui vendant le pain à crédit. Puis il doit attendre patiemment que le paysan paye sa dette lors de la prochaine récolte de blé.

 

Mais, si le boulanger utilise à mauvais escient son intelligence, il pourrait demander un surplus de blé  en échange de ce délai de paiement. En effet, il est en position de force car sans ce pain le paysan n’aurait pas assez de force pour vivre et produire son blé.

 

S’il est très intelligent, le boulanger pourrait augmenter progressivement le surcoût, lié aux délais de paiements, sans dépasser un état de résignation du paysan, qui sous le poids de la dette n’aurait plus l’envie et l’intérêt de travailler (notion moderne du décrochage social). Ce taux de surplus usuraire optimal, est un seuil où le paysan paye un surcoût qui lui rend la vie plus difficile, mais assez supportable pour qu’il en accepte malgré lui les modalités. C’est en quelque sorte un taux d’intérêt optimal toléré par le paysan.

 

Si le boulanger est trop vorace, et que le paysan croulant sous la dette décide d’arrêter la production de blé, le boulanger perd lui-même son activité commerciale. Sans ce pain, le village est en crise alimentaire, et donc il risque de disparaître.

Dans ce cas, le boulanger trop vorace, en dépassant le taux d’usure toléré par le paysan, a essayé de maximiser sa richesse personnelle au détriment de l’intérêt de la communauté.

Cet exemple d’échange commercial primitif est un cas simplifié pour illustrer comment en état de force, le boulanger peut maximiser son gain en trouvant un coût de crédit correspondant à un taux d’usure optimal toléré par le paysan.

En termes simples, un coût de crédit élevé, mais pas trop, pour que le paysan reste dans le jeu et ne décroche pas, car sans lui, la partie est finie.

La position de force du boulanger est due au fait que sa fréquence de production est bien moins longue que celle du paysan (un jour pour l’un, un an pour l’autre). C’est grâce à cela qu’il a pu prendre l’ascendant psychologique sur le paysan.

La finance est en position de force grâce à son monopole de la création monétaire

Mais dans la vie réelle, la monnaie est produite instantanément par les banquiers, par un simple jeu d’écriture comptable lors de l’octroi d’un crédit. Donc cette situation confère à celui qui détient le monopole de la création monétaire, les banquiers, un ascendant psychologique bien plus puissant que celui du boulanger et de son pain produit quotidiennement.

C’est pour cette raison que dans la vie réelle, le système bancaire et financier est hégémonique.

Cependant, le système bancaire doit ajuster le taux de surplus imposé à la population, pour engranger assez de richesses sans que la partie ne s’arrête. Lorsque ce système bancaire est trop vorace, le monde est en crise.

Pour pallier cette perversion de l’intelligence humaine, dès l’origine des temps, l’ordre divin se veut protecteur de l’individu en position de faiblesse, et ne veut en aucun cas, voir le vendeur, en position de force, profiter de l’ascendant psychologique qui est à son avantage.

Surtout, cet ascendant psychologique peut être utilisé pour s’accaparer les richesses et au final être au détriment du bien commun.

Anice Lajnef 

Anice Lajnef, ancien responsable trading dérivées actions dans plusieurs grands établissements financiers.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *