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Des « chibanis » donnent une leçon de justice à la SNCF

Hier, les « chibanis », ces cheminots marocains discriminés, ont gagné en appel face à la SNCF. Depuis 12 ans, ils se battaient contre une gestion discriminatoire de leur carrière au sein de l’entreprise du service public. 

 

Une leçon d’égalité et de progressisme. C’est ce que viennent d’infliger des « chibanis » à la SNCF, fleuron des entreprises françaises.

« Lorsqu’ils sont arrivés, ils n’avaient pas les cheveux gris, ils étaient jeunes »,  Clélie de Lesquen-Jonas, l’avocate des salariés. « C’est 40 ans de discrimination qui sont posés devant vous ». 

Cette déclaration résume à elle seule l’histoire des cheminots marocains face à une entreprise ferroviaire du service public, SNCF.
Les « chibanis » (senior, « qui a les cheveux blancs » en arabe dialectal) ont enfin obtenu gain de cause. 12 ans de procédure, de montées et de descentes dans les labyrinthes de la Justice.

Paris- 23 mars 2015. Ouverture au Conseil des prud'hommes de paris du procès opposant 916 anciens travailleurs marocains à la SNCF. Le délibéré du litige qui oppose ces cheminots chibanis avec la SNCF a été reporté au 21 septembre 2015.

Paris- 23 mars 2015. Ouverture au Conseil des prud’hommes de paris du procès opposant 916 anciens travailleurs marocains à la SNCF. Le délibéré du litige qui oppose ces cheminots chibanis avec la SNCF a été reporté au 21 septembre 2015.

Fermes, déterminés, ont obtenu réparation de la SNCF, condamnée en appel ce 31 janvier 2018, pour discrimination.

Bien que l’on puisse se réjouir du verdict, cette victoire garde un goût amer. Celui d’une récidive d’un tout-pouvoir, non-content d’avoir écrasé le faible une première fois, et qui voulut refaire courber l’échine.

Aux origines du procès 

Différents préjudices tout au long de leur carrière : de la santé à la formation en passant par une non reconnaissance de leur labeur. Un euphémisme.

Aujourd’hui retraités, les « chibanis » victorieux ont perdu nombre de leurs collègues, amis et confrères lors de cette longue bataille administrative.

Qui sont-ils ? 

Entre 1970 et 1983, la SNCF recrute 2.000 employés marocains.

Embauchés comme contractuels, donc avec un CDI de droit privé. Un statut défavorable par rapport à celui des cheminots, réservé aux ressortissants européens, sous condition d’âge.

Pourtant, la convention signée entre la France et le Maroc garantissait « l’égalité des droits et de traitement avec les nationaux ». En théorie.

Dans les faits : le désenchantement

Ceux qu’on surnomme : les « chibanis » ou   « les indigènes du rail », ou encore « les déclassés de la SNCF » refuse, et ils ont bien raison, de se laisser faire. Et revendique leurs droits devant les tribunaux.

Car, dans les actes, ces Marocains ont droit aux postes les plus dévalorisés, les moins bien payés, et des retraites au rabais.

Une double honte pour la SNCF 

La SNCF avait été condamnée en septembre 2015, avant de faire appel.

Plus de 200 anciens salariés de la SNCF étaient venus au Palais de justice à cette époque.

Chibanis avocat

Des hommes aux visages patinés par le temps témoignaient de leurs conditions de travail humiliantes, et de leurs contraintes à accepter de travailler « comme des moutons »  pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Obtenir réparation 

628 millions d’euros. C’est la somme demandée pour réparer l’ensemble des différents préjudices subis (carrière, retraite, formation, d’accès aux soins, santé, etc.). Soit «700.000 euros par demandeur».

Une somme bien loin de rattraper la santé perdue et le temps consumé de ces travailleurs face à l’entêtement d’une société publique persistant à ne vouloir reconnaître ses tords.

Quand la fierté triomphe

À l’issue du procès, l’avocate est sortie les bras levée en signe de victoire.

Émue aux larmes, elle annonce : c’est « gagné » avant d’être portée en triomphe par ces « chibanis ».

 

 

« Il y a eu aujourd’hui la confirmation des condamnations (pour discrimination) obtenues en première instance en matière de carrière et de retraite et nous avons obtenu en plus des dommages et intérêts pour préjudice moral » et pour « préjudice de formation », a-t-elle déclaré. « C’est un grand soulagement, une grande satisfaction », a-t-elle commenté.

Traités comme des gens «à part» et  «cantonnés» aux plus basses catégories, avait répliqué Me de Lesquen-Jonas.

Elle avait reçu le soutien du Défenseur des droits par la voix de son avocat, avait pointé une discrimination «organisée, statutaire», «en gros assumée».

Le dossier n’est «pas totalement étranger à notre histoire coloniale», avait déclaré Me Slim Ben Achour en dénonçant une «sorte de préférence nationale» qui «doit cesser».

L’audience du 31 janvier, elle, signe une victoire (tardive) en appel. 

Et 848 « pied-de-nez » à la célèbre maxime de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de la cour vous rendront blanc ou noir ». De son côté, SNCF Mobilités envisage un éventuel pourvoi en cassation.

Sarah Hamdi

Raconter, analyser, avancer.

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