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Devenir éloquent, ça s’apprend. « Haut et Fort » forme les jeunes de Metz à prendre la parole


À Metz (57), le concours Haut et Fort, porté par l’association APSIS-Emergence, forme des jeunes de 11 à 21 ans à l’art oratoire. Les participants s’affronteront lors de joutes oratoires. Une pépite.

« La parole, c’est le pouvoir ». C’est ce que répètent sans cesse Mehdi, éducateur spécialisé, et son équipe aux jeunes participants du projet « Haut et Fort ».

À Metz, l’association démocratise les concours d’éloquence auprès d’un jeune public désireux d’apprendre à s’exprimer avec aisance. Le but ? Les initier à l’art oratoire. Tout en palliant certains manques : vocabulaire, esprit de synthèse, argumentation, confiance en soi.

Mehdi Gafour



Au cours de son parcours, Mehdi, 25 ans, dresse des observations et constate de réels besoins sur le terrain : il est nécessaire de travailler sur l’expression orale, sur l’estime de soi  auprès de ces publics. Des constats, il tient à le préciser, qui ne sont pas propres aux jeunes de quartiers populaires, mais qui touchent la jeunesse dans sa globalité.

« J’ai voulu mener un travail autour de l’expression et l’ouverture culturelle. Aujourd’hui, on écrit comme on parle et on parle comme on écrit. On le voit bien le moyen de communiquer chez les jeunes, c’est Snapchat et Facebook. On s’envoie des messages vocaux. Du coup, l’orthographe la conjugaison, la syntaxe, passent en dernier plan. Et cela, on le retrouve lorsqu’ils s’expriment lors des entretiens pour les écoles, les entretiens d’embauche. »

Mehdi Gafour, éducateur spécialisé en prévention spécialisée, à Metz.






#Promo 1 : Concours – Photo de groupe participants et éducateurs.




Pour innover, Mehdi s’inspire de ce qui se fait déjà en région parisienne, comme des actions menées par  Eloquencia, précurseur dans le domaine, en Seine-Saint-Denis (93). L’objectif ? Démocratiser les concours d’éloquence et les adapter à un plus jeune public. 

« On pourrait croire que ce sont des concours réservés à une certaine élite. Dans le Nord-Est, on n’avait pas encore ce type de concept chez nous. J’ai travaillé sur comment l’adapter à nos publics », explique le jeune homme.



« Je trouve que c’est très bien les projets autour du foot, du hip hop, mais c’est assez récurrent dans les clubs de prévention et les centres sociaux. Alors je ne dis pas qu’il n’en faut pas. Le travail au niveau de ces différentes disciplines est remarquable et il en faut. Mais j’étais dans l’optique d’innover. Je pense qu’on peut proposer autre chose à ces jeunes. »





Mehdi Gafour, éducateur spécialisé en prévention spécialisée, à Metz.



Pendant les ateliers hebdomadaires, sur quatre mois, les jeunes orateurs découvrent les techniques de rhétorique et les mettent en pratique. 

L’idée : défendre son sujet et le valoriser. Apprendre à s’adresser à un public, convaincre, persuader. Des thèmes ciblés sont préalablement choisis afin de permettre aux jeunes de travailler sur de la recherche de lexique, la mise en scène, l’argumentation, la structuration du discours.



« Je veux vraiment favoriser la rencontre. »


Parmi l’équipe de Mehdi, Malika Boumediene et Souhila Chebouba également éducatrices. Mais il fait également appel à des intervenants extérieurs, chaque semaine : professionnels du théâtre, un chorégraphe, un avocat. 

Improvisation, expression du corps, respiration, gestion de la scène, l’intonation de la voix… Sur les quatre quartiers prioritaires de la Politique de la Ville sur la ville Metz, Mehdi sollicite un collègue de chaque secteur pour mener à bien cette action « Haut et Fort », inter-secteurs, afin de mélanger les différents types de publics.

#Promo 1: Concours – Passage de Benzineb et Douna. 



In fine, les jeunes Messins s’affrontent devant un public, sur scène, lors de joutes oratoires. « La Soirée du Concours », face à un Jury composé d’élus, de chefs de structure, d’artistes. Les candidats tirent au sort des sujets un mois à l’avance. Les thèmes sont abordés avec les jeunes au préalable.

« On voulait leur montrer que certains intervenants qui ont la trentaine, la quarantaine, ont mis du temps à comprendre l’importance de la maîtrise de la prise de parole… Des récits clé pour des jeunes de 14 ans à 18 ans. S’ils peuvent leur apporter des méthodes, des outils, eh bien cela leur fera gagner du temps que ce soit dans leurs vies personnelles, professionnelles ou leur insertions professionnelles, »


estime Mehdi.





Une semaine en « Résidence artistique » 


Pendant une semaine intensive, les jeunes se rendent dans une maison de campagne (presque sans réseau wifi !). Du lundi au vendredi, les jeunes partent pour une mini « Star Academy ». Avec des invités surprises qui viennent témoigner et partager leurs expériences.

Un pari réussi haut et fort et qui multiplie les mélanges : sexe, âge, établissements scolaires, quartiers. Et surtout qui fédère autour des mots et d’une parole, sans-étiquette.

Rédactrice en chef de MeltingBook, formatrice éducation aux médias, digital & dangers du web

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