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#GiletsJaunes. « Ce n’est pas encore une Révolution »

[#Terrains]

David*, 25 ans est un employé vivant dans le nord de la Seine et Marne. Estimant appartenir à la classe moyenne, il s’est reconnu dans le combat des Gilets Jaunes et a participé au mouvement jusqu’à que l’État durcisse la répression à leur encontre.

Q: Que ressens-tu aujourd’hui ? 

R: Les médias manipulent et cherchent à tuer le mouvement. C’est vraiment une arme puissante les médias. Avec toute cette manipulation médiatique, c’est bien que les Français soutiennent encore le mouvement à 70%. Samedi, j’hésite à aller devant BFMTV… Et Christophe Castaner qui compare les Gilets jaunes aux talibans… Ils m’écœurent.

Q: Vous étiez parmi les Gilets jaunes à Paris, lors manifestation du samedi 1er décembre. Vous êtes allés jusqu’à l’Arc de Triomphe. Les images étaient révolutionnaires. Qu’est-ce qui vous a décidé à rejoindre ces contestations ? 

R: La taxe sur le carburant a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est toutes les taxes en général, on est les champions en France.

La baisse du pouvoir d’achat, la représentation des citoyens dans le gouvernement font aussi partie des éléments de revendications. Je n’adhère pas à toutes les idées du mouvement. Personnellement, je ne suis pas forcément pour la démission d’Emmanuel Macron, en revanche, la suppression du Sénat, oui, totalement.

Q: Vous avez participé aux trois manifestations à Paris. Au départ, les cortèges étaient-ils pacifistes ?

R: La première manifestation, oui. La seconde ça été malgré les casses sur les Champs Elysée. La troisième, c’était plus chaud.

Q: Que penses-tu de la façon dont cela a dégénéré ? 

R: Ça été assez loin. C’était violent. Il y a des casseurs qui décrédibilisent le mouvement, c’est dommage. Il y a des policiers aussi qui sont infiltrés, ça, je l’ai vu en direct.

Q: Avez vous vu des policiers casser pendant les manifestations ?

R: Oui, ça je n’ai aucun doute pour l’affirmer. Des policiers en civil étaient en train de casser.

Q: Certains Gilets jaunes affirment que cette violence est légitime. Selon eux, la politique menée en France est tout aussi violente. Qu’en pensez-vous ?

R: Le gouvernement est responsable de ce qui se passe. Cela fait des années que cela dure. Les citoyens en ont marre. Je ne cautionne pas ces violences. Même si, je n’accepte pas du tout la casse ou les tags sur l’Arc de Triomphe.

Mais, dans les cortèges, les CRS n’ont pas fait de cadeaux. J’ai été gazé lors de la seconde manif. Lors de la trosieme manifestation, je suis donc venu avec un masque, j’ai voulu me protéger un minimum des gaz lacrymogène. Quand les gens qui viennent pacifiquement se font gazer, forcément ça énerve. La violence engendre la violence.

Q: Êtes-vous favorable à une dissolution de l’Assemblée nationale ? 

R: Non, pas pour le moment.

Q: Beaucoup d’analystes estiment qu’il s’agit d’un début de révolution. Qu’en pensez-vous ?

R: Non, je ne pense pas. Ça sera vraiment une révolution lorsque davantage de monde rejoindra le mouvement.

Q: Ne craignez-vous pas une récupération par l’extrême-droite du mouvement Gilet jaune ?

R: Non, je n’ai pas peur de cela.

Q: Avez-vous côtoyé dans les manifestions des citoyens qui avaient des slogans clairement d’extrême-droite ?

R: Non, c’était davantage des « Macron Démission » qu’on entendait.

Q: Que répondez-vous à ceux qui disent que les Gilets Jaunes sont majoritairement des « beauf » , des « Blancs » , des « racistes » ? 

R: Personnellement, je dis de venir sur place, de rencontrer les gens, de voir par eux-mêmes. Concernant le terme « beauf », je leur dis simplement de constater que la semaine il y a beaucoup moins de monde aux manifestations que les week-ends. Cela veut simplement dire que ce sont les gens qui travaillent qui sortent dans la rue, c’est tout.

Photo prise par notre témoin David* , à Paris, lors des rassemblements du samedi 1er décembre.

Q: Avez-vous constaté une absence des habitants des banlieues ou des quartiers périphériques ?

R: Ce que je constate, c’est l’absence de jeunes, en général, alors qu’ils sont concernés pour la suite… S’ils viennent, ce n’est pas pour tout casser, il faut qu’ils viennent sans-étiquette. En faisant attention à ce qu’ils ne se fassent pas récupérer par des syndicats, car ils sont plus manipulables.

Q: Vous ne voulez pas que le mouvement se rapproche d’organisations plus établies ou d’une bannière politique…

R: Non, le mouvement doit rester indépendant. Il doit rester les « Gilets jaunes » pour ne pas être récupéré politiquement,pour ne pas mourir.

Propos recueillis par Jean-Riad Kechaou 

 

Jean-Riad Kechaou est originaire de l’agglomération lyonnaise. Il est professeur d’histoire-géographie depuis 2002 et exerce depuis septembre 2005 au collège Camille Corot de Chelles en Seine-et Marne. Il a aussi été pendant deux années coordonnateur d’un dispositif pour décrocheurs scolaires. Auteur de l'ouvrage "93 370 Les Bosquets, un ghetto français" (Éd. MeltingBook 2016). En écrivant ce livre, il est revenu à sa première passion, le journalisme. Durant ses études, il a été correspondant local de presse dans la ville de Vaulx- en-Velin en banlieue lyonnaise, une ville également symbole du malaise des banlieues. Il écrit aujourd’hui pour le site internet de l’hebdomadaire Politis sur le thème de l’éducation. Son blog est intitulé « Un prof sur le front ».

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