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Nadiya Lazzouni: « Je suis adepte du journalisme de solutions »

Speak Up. Avec sa chaîne Youtube, Nadiya Lazzouni compte bien faire émerger des voix inaudibles. Diplômée de droit, elle veut changer le monde. En commençant par incarner ce journalisme dit de « solutions ». Quand le web ouvre des horizons.


Vous aviez aimé Samy Naceri dans Taxi ? Vous l’adorerez dans le Nadiya Lazzouni Show, une émission par Speak Up, la chaîne Youtube de Nadiya Lazzouni.

Un choix surprenant tant l’acteur a squatté la rubrique « faits divers » dans la presse, ces dernières années.


« Justement, je trouve qu’il y a eu un acharnement contre lui dans le cinéma alors qu’il a été acquitté. Regardez les personnalités qui traînent des affaires en toute impunité… ».

Au-delà de ses condamnations, la vie de Sami Naceri, Nadiya la trouve « trépidante. Il a ouvert la voie aux minorités dans le cinéma. Je pense que ce serait une erreur de le réduire à ses frasques ».

Avec ce huitième épisode, Nadiya Lazzouni compte bien suivre son instinct et parler avec qui elle veut.

Génération Millenial

Être un Millenial rime souvent avec audace et, justement, reconversion professionnelle. Nadiya Lazzouni, en sait quelque chose. Diplômée en droit des affaires et international-, elle a tout lâché pour lancer son média, en 2017. Speak Up, comme son nom l’indique propose de donner la parole à de nouveaux profils et inconnus du PAF.

Après plusieurs années dans l’associatif, Nadiya Lazzouni avait besoin d’un autre mode d’action. « Finalement, je me suis dis qu’un média restait quand même le meilleur moyen de faire bouger les lignes ».

Décidée à écrire son récit médiatique, elle lance alors la chaîne sur Youtube avec un programme d’interview de fond, Nadiya Lazzouni Show. Elle souhaite incarner, à sa façon, cette nouvelle génération de femmes, héritières de l’immigration, bien décidées à donner la parole à des personnalités, elles aussi, invisibilisées.

Faire soi-même

Sans attendre de réunir toutes conditions matérielles, Nadiya, comme beaucoup, joue de la débrouillardise pour produire le premier contenu.

Sans rien sacrifier à la qualité, elle casse sa tirelire et investit ses économies dans le projet. Dans le sillage des premières émissions, elle consent à lancer un crowdfunding.

« Je ne me voyais pas solliciter mon entourage sur la base d’un projet. J’ai préféré tourner les premiers épisodes avant de demander d’appeler au soutien financier », explique-t-elle.

Depuis, la trentenaire décline avec brio ce projet mûri pendant de longs mois. « Je regarde beaucoup les programmes américains et c’est vrai que le Daily Show de John Stewart reste une référence absolue pour moi ».

Véritable icône, le journaliste US a marqué toute une génération de ses éditos corrosifs dans lesquels il croque l’actualité avec humour, « et subversion » pointe Nadiya, « il fait réfléchir et c’est ce que j’ai envie de faire ».

Miser sur le fond

D’ailleurs, l’une de ses émissions avec Malika Mansouri, psychologue et maître de conférences, avait rencontré un vrai succès. L’universitaire y revenait sur les émeutes de 2005 et la façon dont les traumatismes du passé colonial nourrissent cet événement.


« L’histoire doit s’écrire sans crainte d’y inscrire les pages douloureuses ». Malika Mansouri



Et puis, Nadiya, en tant que « personne engagée » n’est pas adepte des clash sur les réseaux sociaux. Elle préfère s’attacher à « construire un lieu de discussion » pour faire avancer les sujets qui lui tiennent à cœur. Égalité, justice ou lutte contre le racisme.

« Aujourd’hui, en France, on a un climat pesant sur un certain nombre de sujets. D’où, mon envie de proposer un programme positif et peu consensuel ». Et d’ajouter, « de toute façon, mon profil n’est pas très consensuel ». Elle qui a fait le choix de porter un foulard, en France, en sait quelque chose.

Casser les codes

« Je sais très bien que cet espace que j’ai créé, je n’aurais jamais pu l’avoir dans un média mainstream.

Quand on consulte les chiffres du CSA sur la diversité à l’écran (ndlr: voir le rapport de 2017), on comprend l’ampleur du plafond de verre pour les communautés marginalisées », relève-t-elle. Les embûches, quels meilleurs moyens pour se réinventer après tout ?

« C’est en ça qu’internet est une chance, si on en tire le meilleur. On ne demande l’autorisation à personne ».

Aujourd’hui, Speak Up est sur la voie de la croissance. « Nous recherchons des sponsors mais je suis optimiste », confie-t-elle.

À sa façon, Nadiya Lazzouni entend bien « bousculer les codes avec un message intelligible et pas clivant », précise-t-elle. Je pense que l’on peut venir avec son identité sans être ni dans la revendication perpétuelle, ni le renoncement ».

Pas étonnant, alors, que son approche fasse la part belle au « journalisme de solutions. Je pense qu’il est important de proposer des alternatives aux maux auxquels nous sommes confrontés ».

Un discours qui imprime davantage à l’international qu’en France, d’ailleurs. Ces derniers temps, elle a multiplié les voyages outre-Manche et aux États-Unis.

« J’ai eu des contacts intéressants, à voir si cela aboutit ». À l’automne, Speak Up était invité à l’ONU. Objet de la rencontre ? « comment les médias peuvent contribuer à une société plus inclusive ».

Par Nadia Henni-Moulaï

Entrepreneur des médias, Fondatrice de MeltingBook, Directrice de la publication et des Éditions MB.

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